« La priorité de notre site se porte sur le traitement et la gestion de nos rejets acqueux », déclarait en septembre 2023 un technicien environnement d’Imerys Glomel. Deux ans après l’autorisation de creuser une quatrième fosse d’extraction d’andalousite, accordée par la préfecture des Côtes-d’Armor, une série d’incidents vient contredire ce discours.
Entre le 18 et le 22 décembre 2025, puis entre le 10 et le 12 février 2026, au plus fort des pluies d’hiver, l’entreprise, avec trois pompes en panne, a été incapable de vider ses bassins d’eaux minières. Ce « débordement de bassins » a conduit Imerys à rejeter ses effluents acides et contaminés dans un ruisseau en amont d’une réserve naturelle régionale et des captages d’eau potable. Lors de second épisode, environ 15 000 m³ d’« eau non conforme » ont rejoint le réseau hydrologique. L’équivalent de six piscines olympiques.
Un arrêté publié mardi 21 juillet (pdf) donne quatre mois à l’industriel pour remettre au préfet des Côtes-d’Armor une étude de fiabilité, associée à un plan d’actions, « portant notamment sur la sécurisation du système global de pompage et sur la vérification du dimensionnement des bassins de stockage des eaux prenant en compte des pluies d’occurrence plus importante ».
L’État s’appuie sur un rapport de l’Inspection des installations classées du 3 juillet (pdf), consécutif à une visite réalisée le 28 avril, un mois après nos révélations sur un déversement de produits chimiques. Ses auteurs relèvent que « les deux événements portent sur un débordement de bassins suite à un dysfonctionnement de pompes et aux fortes pluies hivernales ».
Des pompes défaillantes et des bassins saturés
Dans une mine, l’eau de pluie ou issue des nappes phréatiques remplit les excavations. À Glomel, au contact des roches qui contiennent naturellement du soufre, celle-ci se transforme en acide sulfurique et se charge en contaminants métalliques. En théorie, ces effluents sont traités avant rejet.
Un arrêté de 2024 précise les valeurs limites de plusieurs substances avant rejet des effluents miniers dans le Crazius, un affluent de la rivière Ellé qui serpente à proximité de la mine de Glomel. D’après l’auto-surveillance réalisée par Imerys, des taux non conformes ont été mesurés l’hiver dernier concernant les paramètres pH (acidité), fer, manganèse et aluminium. Les analyses réalisées par Splann ! en 2024 montrent que ces effluents sont susceptibles de contenir d’autres contaminants, notamment du nickel, cobalt, arsenic et cadmium.
Imerys n’a d’abord prévenu que les services de l’État. Ce n’est que le 23 juin 2026, lors de la commission de suivi, que les élus, la réserve régionale et les associations ont été informés. Les cadres d’Imerys ont justifié leur communication tardive par une « dilution très rapide » des polluants. L’activité de la mine a pourtant été durablement ralentie. Les rapporteurs observent que « à partir de mi février et en raison des fortes pluies, l’exploitant indique avoir arrêté les rejets pendant un mois et a stocké les eaux du site en fosse 2, qui a atteint ses capacités de stockage, ce qui a conduit à ennoyer la fosse 3 et à impacter l’extraction ».

Concernant la maintenance des systèmes de sécurité, l’Inspection identifie deux problématiques : « la périodicité de maintenance des équipements de pompage » et « la gestion des interventions de maintenance avec maintien du circuit des eaux fonctionnel ». Le rapport liste des défaillances sur des pompes situées dans les bassins 1, 2, 3 et 4. Ses auteurs recommandent à la préfecture de demander la transmission d’un « protocole de planification des opérations de maintenance préventive renforcée » ainsi qu’une « procédure portant sur la gestion sécurisée des interventions de maintenance sur les équipements de pompage ».
« Imerys masque ses insuffisances »
« La prise d’un arrêté de prescriptions complémentaires après contradictoire montre que nos questionnements, après avoir été rejetés comme sans réel fondement, ont fait l’objet d’une réévaluation », réagit Nicolas Forray, ancien directeur de la direction régionale de l’environnement (Dreal) Centre et désormais secrétaire général d’Eau et rivières. Dans un premier temps, l’incident de février avait été qualifié de « mineur » et « n’appelant pas de suites particulières ».
« Le déroulement de la commission de suivi de site de fin juin et les positionnements des acteurs du territoire ont sans doute convaincu l’administration que son approche était insuffisante, poursuit le haut fonctionnaire à la retraite. Pour Eau et rivières, cela fait des années que l’industriel masque ses insuffisances de gestion et retarde les études qui lui sont demandées. La prise de cet arrêté ne doit pas faire oublier les multiples questionnements que nous avons sur la gestion mise en œuvre. »
L’association de protection de l’environnement, qui a annoncé le dépôt d’une plainte « afin que l’ensemble des infractions susceptibles d’avoir été commises ne restent pas impunies », ne cache pas son scepticisme. « Nous disposons de compétences en matière d’hydrogéologie qui nous amènent à nous interroger sur la pertinence des études prévues pour répondre aux questions posées », ajoute Nicolas Forray.

« Est-ce que la préfecture se protège ou vient au secours de sa créature ? Elle demande à Imerys de revoir sa copie, mais c’est aussi la sienne », raille Jean-Yves Jégo, élu d’opposition à Glomel et président de Douar Bev.
« Nous relevons la grande imprévoyance d’Imerys et de l’État. Nombreuses étaient pourtant les contributions à la dernière enquête publique qui pointaient l’absence de prise en compte des conséquences du dérèglement climatique et de ses épisodes extrêmes sur l’exploitation de la carrière », souligne le militant écologiste.
Les intempéries qui ont fait déborder les bassins d’Imerys cet hiver ont été suivies par une période de sécheresse historique. Le 21 juillet, le bassin de l’Ellé a été basculé en état de « crise », soit le niveau d’alerte le plus élevé.
Des zones d’ombre demeurent
Pour Jean-Yves Jégo, cet arrêté ne répondra pas aux nombreuses questions qui restent posées, notamment sur la contamination des eaux souterraines. C’est pourquoi il soutient la demande de réunion de clarification transmise par Eau et rivières de Bretagne.
De nouvelles informations sont encore attendues. Pressée par les élus locaux et par les associations, la préfecture a annoncé la réalisation d’un « contrôle inopiné sur les rejets aqueux du site par un laboratoire indépendant ». La Dreal a également mené une nouvelle inspection, le 8 juillet, portant sur les petits cours d’eau coulant à proximité de la mine.
Parallèlement, l’enquête préliminaire ouverte par le parquet de Saint-Brieuc à la suite de nos révélations sur des déversements de produits chimiques datant de l’été 2021 se poursuit.
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