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« De faux agriculteurs avec un demi hectare de poireaux, une poule, deux canards et le RSA » ?

La date du 15 juin est cochée depuis plus de deux mois dans l’agenda de Cécile Weyer. La maraîchère bio installée dans le Sud-Finistère a rendez-vous ce lundi au tribunal judiciaire de Brest. Radiée du RSA, elle s’est portée partie civile contre Maël de Calan dans la procédure pour « harcèlement moral institutionnel » engagée par la CGT.

À la suite d’un contrôle qu’elle décrit comme « intrusif », l’ancienne cadre dans le tertiaire à Los Angeles perd le bénéfice du revenu de solidarité active en juin 2025. « Le contrôleur du Département me dit que le statut juridique de mon entreprise ne me permet pas de demander le RSA car je suis normalement dans l’obligation de me verser un Smic », expose-t-elle.

Contestant sa radiation, la maraîchère se sent démunie : « Mon contrôleur me dit qu’il sait très bien que la loi est floue, mais que c’est la façon dont le conseil départemental a choisi de l’interpréter. »

« Cela fait depuis 2024 que des adhérents nous sollicitent », confirme Nathan Martin, co-secrétaire général de la Confédération paysanne du Finistère. La troisième organisation d’exploitants agricoles s’est également porté partie civile dans ce dossier. L’an passé, elle avait obtenu le rétablissement du versement du crédit d’impôt bio à des agriculteurs pour qui cette aide à l’entreprise avait été considérée comme un revenu par le Département.

« Épuiser, fatiguer, faire du mal »

Des mois durant, la CGT a préparé la riposte sur le terrain judiciaire. Ludovic Morin et ses camarades ont réuni des dizaines de témoignages : « Beaucoup de paysannes, souvent des femmes seules, qui réindiquaient ce harcèlement qu’on dénonce aujourd’hui. »

« M. Calan n’a qu’une obsession : celle des allocataires RSA qui profiteraient du système. Le moyen de les exclure, c’est d’épuiser, fatiguer, faire du mal, distribuer de la maltraitance à des allocataires qui sont déjà en difficulté, en déduit le leader syndical. »

En situation de précarité, Cécile Weyer. est en traitement pour dépression. Elle décrit un système « déshumanisant » et une « situation humiliante ». « J’ai l’impression que mon contrôleur sait tout de ma vie et moi je ne sais rien de lui. Il y a un rapport de pouvoir totalement déséquilibré. ».

Une étude commandée par le Département d’Ille-et-Vilaine chiffre cette souffrance. Sur 468 Bretilliens interrogés, 1 allocataire du RSA sur 2 remplit les critères du burn-out, 7 sur 10 manifestent des symptômes dépressifs et 9 sur 10 de l’anxiété « Être au RSA, c’est avoir une vie remplie d’exigences et de contraintes et qui peut mener à l’épuisement professionnel », résume son auteur, Charlie Renaud, maître de conférences en psychologie du travail.

Un coaching décrié

Le plan RSA du Finistère comprend également un volet « coaching » qui vise à lutter contre un « défaut de mobilisation des allocataires ». L’accompagnement de la start-up BimBamJob, qui a remporté le marché en 2022, est jugé « inutile », voire « humiliant » par des bénéficiaires que nous avons rencontrés.

Les associations d’aide aux personnes en difficulté s’alarment du durcissement des politiques sociales. « Le regard que la société porte sur les plus pauvres est un point central. Dire que les personnes ont choisi d’être pauvres contribue à mettre de côté les responsabilités de la société auprès des plus exclus », rappelle Sophie Rigard.

La chargée de projet accès digne aux revenus voit une dissonance cognitive entre la valorisation de la création d’entreprise et la dureté des discours autour des personnes bénéficiant des minima sociaux : « Quand il s’agit de faire ça avec un peu de RSA, tout de suite, ça donne lieu à une stigmatisation et à une pression pour arrêter. »

Face à ces accusations, Maël de Calan dénonce « une manœuvre politique de la gauche et de l’extrême gauche ». En représailles, le fils de l’ex-numéro 2 de la métallurgie affirme avoir attaqué en diffamation le leader de la CGT, sans préciser les propos concernés.

« Pas du tout inquiet », Ludovic Morin fait savoir que le nombre de témoignages déposés auprès du tribunal a doublé.

📹 Rédacteur et monteur : ‪Kristen Falc’hon ; cadreur : Tanguy Alanou ; accompagnement éditorial : ‪Sylvain Ernault.

Cette vidéo a bénéficié d’une bourse du ‪Journalismfund Europe.