L’équipe de La Dernière a planté son barnum dans les jardins de la Palud, à Landerneau, mardi 16 juin. À rebours des émissions cartes postales, c’est dans ce berceau de l’agroindustrie que Guillaume Meurice et ses acolytes ont souhaité déconstruire les mythes qui entourent le « modèle agricole breton ». Pour cela, ils ont convié à leur table les journalistes Nicolas Legendre et Julie Lallouët-Geffroy, tous deux membres de Splann ! (à voir en intégralité).
Cette invitation revêtait une forte portée symbolique, tant le programme phare de Radio Nova s’inscrit comme un ilot de gai savoir dans un paysage médiatique de plus en plus verrouillé. En fidélisant deux millions d’auditeurs quotidiens (six fois plus qu’il y a deux ans), la station parisienne réalise une percée historique que nos confrères de La Relève et la peste analysent comme « la preuve que l’idéologique d’extrême droite est loin d’avoir contaminé toute la France ».
Un esprit de résistance contre la bêtise et l’ignorance qui correspond bien à l’esprit de Splann !. Car c’est pour s’organiser face aux menaces qui visaient des enquêtrices comme Inès Léraud et Morgan Large qu’une dizaine de journalistes ont mis sur pied ce média à but non lucratif en 2020. « Une réaction de défense et ensuite d’attaque », selon les mots de Julie Lallouët-Geffroy.
« L’idée, c’était de faire, et c’est ce qu’on fait toujours, des enquêtes au long cours sur les grandes problématiques de la région », a résumé celle qui a réalisé des enquêtes sur la méthanisation ou l’accès au foncier agricole. Ces derniers mois, Splann ! a diversifié ses thématiques en consacrant des dossiers à la bétonisation du littoral, à la destruction de l’hôpital ou encore aux crises de la pêche.
Une exception dans le paysage breton
L’un des principes fondateurs de notre média est de privilégier le temps de l’enquête plutôt que l’actualité immédiate. Chaque investigation dure environ six mois. Comme l’explique notre journaliste : « On ne sort pas une enquête toutes les semaines […] si on n’est pas prêts, on attend. »
Splann ! fonctionne de manière collégiale, avec une trentaine de membres qui choisissent collectivement les sujets. Notre indépendance repose aussi sur notre modèle de financement : plus de 80 % du budget provient des dons de citoyennes et de citoyens. Ce qui permet de rendre l’intégralité de nos contenus en accès libre, en se passant des annonceurs, des actionnaires ou des collectivités locales qui chercheraient à influer sur la ligne éditotoriale.
Ces précautions n’empêchent pas notre rédaction de rencontrer des difficultés pour accéder à l’information. Ce fut notamment le cas lors d’une enquête sur l’expérimentation du RSA dans le Finistère. En décembre 2025, deux de nos journalistes se sont vu refuser l’accès à une réunion organisée par le président du conseil départemental, Maël de Calan, à laquelle assistaient pourtant Ouest-France et Le Télégramme.
Si les journalistes peuvent être soumis à diverses pressions, les lanceurs d’alerte sont encore plus exposés. « La protection des sources, c’est un sujet hyper important. La pression, elle s’exerce d’abord sur elles, en particulier dans le milieu agricole », a souligné Julie Lallouët-Geffory.
Creuser l'impact des pesticides en Bretagne
L’entretien fut également l’occasion d’annoncer le lancement d’une campagne de dons visant à produire des enquêtes sur les pesticides.
« Les maladies comme le cancer, ce n’est pas ‘pas de bol’ ; c’est un fait politique, une construction politique. » Alors que le recul des normes environnementales contribuent à l’exposition de la population aux substances toxiques, notre média estime que les citoyennes et les citoyens ont plus que jamais besoin d’une information libre et rigoureuse.
À l’approche de l’élection présidentielle, moment de délibération collective s’il en est, nous nous organisons dans ce sens, avec le concours de chercheurs et de spécialistes des données.
Un objectif encouragé par Guillaume Meurice, qui a salué « le travail formidable et courageux » de notre équipe et a invité ses auditeurs à soutenir notre journalisme d’investigation indépendant.
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