« Merci Auray, merci Auray, merci Auray, merci ! » Les Landernéens sont taquins. Il se souviennent que sans le basculement à droite de la municipalité morbihannaise, c’est dans le pays de Vannes et non à la confluence du Léon et de la Cornouaille que l’équipe de La Dernière aurait stationné son van.
Loin de plomber l’émission, cette annulation inaugurale a renforcé sa notoriété en Bretagne. Quand bien même Radio Nova ne détient que trois fréquences FM dans la région.
Mardi 16 juin, ce sont plus de 5.000 paires d’oreilles qui se sont réunies sur les pelouses des Jardins de la Palud. Un succès populaire auquel est venu assister Patrick Leclerc, le maire divers droite de Landerneau. Commerçant de profession et neveu d’Édouard Leclerc, il avait fait candidater sa ville comme une trentaine d’autres pour qu’elle devienne l’étape bretonne de cette tournée.
« J'ai un peu l'impression d'être au Vatican »

Adepte du pied de nez, Guillaume Meurice avait invité Nicolas Legendre dans cette capitale historique de l’agroindustrie. Faisant asseoir notre collègue à sa table, en compagnie des chroniqueurs Juliette Arnaud, Aymeric Lompret et Pierre-Emmanuel Barré.
« J’ai un peu l’impression d’être au Vatican, s’amuse d’emblée l’auteur de Silence dans les champs. L’empire Leclerc est né ici. Tout comme l’Office central de Landerneau, qui a donné naissance à Eureden, la plus grande coopérative bretonne. »
L’occasion de définir le corporatisme agrarien comme « un moyen d’encadrer les populations rurales autour des valeurs de l’Église pour éviter qu’elles ne soient contaminées par la lutte des classes. »
« Ses promoteurs avaient aussi une aversion pour le capitalisme et se trouvaient dans un entre-deux qu’ils nommaient l’Ordre naturel, poursuit Nicolas Legendre. Son président jusqu’en 1941, Hervé de Guébriant, qui vénérait Pétain, a participé à la Corporation paysanne, l’organe de Vichy pour le monde paysan. »
La compromission de ce notable avec le régime collaborationniste ne l’empêchera pas de rester influent.
« Après la guerre, il a poursuivi sa carrière après un court passage en prison et l’Office central de Landerneau a donné naissance à des mastodontes de l’agroindustrie bretonne – et pas que de l’agro-industrie. C’est le Crédit Mutuel de Bretagne, le journal Paysan breton, la Mutualité sociale agricole de Bretagne, ou encore la Copagri qui deviendra l’actuel Eureden. »
« Le productivisme a entraîné une hécatombe »

Plus de 80 ans après la Seconde Guerre mondiale, le monde agricole s’est profondément transformé. Les paysages bocagers ont été en grande partie remembrés tandis que le nombre d’agriculteurs a été divisé par dix en France.
« Le productivisme a entraîné une hécatombe, un plan social de grande ampleur, déplore celui qui s’émerveillait enfant pour les engins agricoles dans la ferme laitière de ses parents. Son principe est de produire toujours plus avec moins de main-d’œuvre et plus d’intrants. Avec des machines de plus en plus grosses et de plus en plus coûteuses. »
Silence dans les champs raconte aussi des méthodes qui visent à maintenir en place l’ordre social dominant. Si son auteur n’a pas fait l’objet de menaces, ce fut le cas d’Inès Léraud, de Morgan Large et d’autres journalistes travaillant sur les questions agricoles et environnementales à travers la France.
Toutefois, cette violence s’exerce d’abord au sein du monde paysan.
« Le productivisme exacerbe un certain nombre de tensions. C’est un système qui fonctionne sur la loi du plus fort. Que ce soit au niveau mondial, au niveau national avec la grande distribution qui écrase les prix au maximum et jusqu’au niveau des fermes. C’est un système qui nourrit de la violence. »
Du scandale des algues vertes à celui des pesticides
Devenue la première région d’élevage avec 6,5 millions de porcs, 1,7 million de bovins et 74 millions de volailles, la Bretagne a vu la qualité de ses eaux décliner dangereusement. La prolifération d’algues vertes en est l’une des conséquences les plus visibles et malodorantes.
« Tous ces animaux produisent des excréments qu’on va épandre sur les champs, décrit Nicolas Legendre. Tout cela va ruisseler jusqu’à la mer et ces excédents de nitrate vont nourrir les algues vertes. À cela s’ajoutent les engrais de synthèse. Il y a eu des morts et une vie non humaine anéantie sur un certain nombre d’estrans et de vasières. »
Un fléau que les pouvoirs publics échouent à endiguer, malgré les alertes des scientifiques et la pression des associations.
« La Cour des comptes s’apprête à publier un rapport sur la gestion par l’État du phénomène des algues vertes en Bretagne. Cinq ans après un précédent qui disait déjà ‘ça ne va pas du tout, il faut reprendre le problème à la racine’. Et finalement, ça fait quarante ans que ça dure. »

Le scandale des algues vertes et les difficultés rencontrées par Inès Léraud ont servi de déclic pour les journalistes qui ont fondé Splann ! en 2020. Si notre média a progressivement diversifié ses sujets d’enquête, les atteintes à la santé et à l’environnement restent au cœur de sa promesse éditoriale.
« On va lancer une grande campagne pour financer des enquêtes sur les pesticides et leurs conséquences sanitaires », révèle Julie Lallouët-Geffroy, invitée à présenter Splann ! aux auditeurs de Radio Nova.
« Le cancer c’est la première cause de mortalité chez les hommes, la deuxième chez les femmes, rappelle notre journaliste. On veut mettre cet enjeu à l’agenda politique parce que les maladies comme le cancer sont un fait politique, ce sont des normes environnementales qui n’arrêtent pas d’être détricotées, qui nous exposent à énormément de substances. »
Afin de constituer une équipe de journalistes, de scientifiques et de spécialistes des données, nous cherchons à atteindre les 1.500 donatrices et donateurs mensualisés. Moins d’un an avant la présidentielle, une autre campagne est lancée.
Vous lisez un média financé par ses lectrices et ses lecteurs

L'argent ne devrait pas être une barrière pour l'accès à une information de qualité. C'est pourquoi nos articles sont en accès libre. Média à but non lucratif, sans actionnaire ni subvention des collectivités locales, nous avons choisi d'en appeler à votre générosité. Si vous en avez les moyens, pourriez-vous envisager de nous soutenir dans la durée ?
Vos dons sont déductibles des impôts à hauteur de 66 %.
Notre média est garanti sans IA
L'IA générative ne produit pas d'enquête. Nos articles, vidéos et podcasts sont réalisés par des journalistes en chair et en os. Consultez notre charte.
Des infos à nous communiquer ?
Écrivez-nous à contact [@] splann.org et nous vous expliquerons comment nous transmettre des documents de façon sécurisée. Découvrez d'autres méthodes pour nous contacter.






