Fin avril, Emmanuel Macron s’est rendu sur le chantier de la future mine de lithium du groupe Imerys à Échassières (Allier) pour soutenir le projet phare de la relance minière européenne.
Coiffé d’un casque de chantier et vêtu d’un gilet orange, le président de la République semblait avoir rejoint les rangs du groupe minier, à qui il a promis un « choc de simplification environnementale ».
En février, l’État s’est associé au projet à hauteur de 50 millions d’euros via la Banque des Territoires.
Mais alors qu’Imerys a promis en Auvergne une mine « responsable » et un faible impact sur l’eau, depuis nos révélations sur le déversement de 3.000 litres de produits chimiques en amont de la réserve naturelle régionale de Glomel et de deux captages d’eau potable, la multinationale fait face à une colère grandissante en Bretagne.
La mairie de Glomel, jusque-là très favorable à l’entreprise, a délibéré à l’unanimité le 5 avril pour dénoncer, si l’enquête du parquet confirme les faits, une « atteinte grave à l’environnement et à la santé publique, justifiant une réaction ferme de la collectivité ».
Les élus protestent aussi contre la délocalisation brutale de sept emplois d’attachées commerciales d’Imerys.
À quelques kilomètres de là, une délibération de la mairie de Mellionnec (400 habitants) constate « le mode d’exploitation manifestement défaillant de la mine d’andalousite de Glomel », tandis que le conseil municipal du Faouët (2.800 habitants) exige « une surveillance renforcée des captages d’eau » et des « inspections régulières et inopinées » de l’entreprise par les services de l’État.
Loïg Chesnais-Girard, président du conseil régional de Bretagne, a demandé à l’État d’agir. Début juin, la députée LFI de Guingamp, Murielle Lepvraud, a quant à elle interpellé le ministère de l’Économie à l’Assemblée nationale : « Entre l’andalousite et l’eau, que choisit-on ? » (voir notre vidéo).
15 millions de litres d’effluents acides déversés

C’est dans ce contexte qu’Imerys a présenté son bilan annuel, mardi 23 juin, face aux élus, aux représentants des syndicats des eaux, des deux commissions locales de l’eau et des associations.
Selon des élus présents dans la petite salle municipale de Paule (22), les cadres de la mine ont décrit des incidents liés aux pluies d’hiver. Les bassins d’effluents miniers étaient pleins, les pompes étaient en panne.
Au terme d’un échange houleux, le nouveau directeur Gilles Benveniste a fini par admettre un « rejet d’eau non conforme » d’une tout autre ampleur fin février 2026. Au total : 15 millions de litres.
De quoi s’agit-il ? Dans le jargon de l’entreprise, cette « eau non conforme » correspond en fait à des effluents acides et corrosifs lourdement contaminés. En ruisselant sur les montagnes de déchets miniers du site, qui s’étendent sur 265 hectares, l’eau de pluie oxyde les sulfures qu’ils contiennent et se transforme en acide sulfurique.
Cet acide draine les contaminants métalliques, présents dans les roches, et vient ensuite s’accumuler au pied des verses et au fond des fosses.
Ces 15 millions de litres d’effluents ont été déversés dans le Crazius, un affluent de l’Ellé situé à 1,6 km en amont de la réserve naturelle régionale de Magoar Penvern et à 6 km du premier captage d’eau potable. Le second est à 15 km à vol d’oiseau.
Les cadres d’Imerys ont assuré aux personnes présentes à la réunion que la pollution « s’était diluée très rapidement », raison pour laquelle « seule la Dreal a été prévenue ».
Interrogée par Splann !, l’entreprise reconnaît « ces épisodes de rejet non conforme » qui ont été suivis de « mesures de gestion et de surveillance renforcée ».
De son côté, la Dreal n’a répondu à aucune demande concernant cet accident, ce qui a conduit l’association Eau & Rivières de Bretagne à saisir la Commission d’accès aux documents administratifs, le 24 juin, pour obtenir « toute information environnementale contenue dans tout échange entre Imerys et la Dreal depuis le 1er janvier 2026 ».
La réserve naturelle non informée

D’après la dernière enquête publique, les eaux minières non traitées du site de Glomel sont particulièrement acides. Elles présentent un pH de 3,6 quand l’eau potable est à 7.
On y trouve 340 fois plus d’aluminium, 960 fois plus de fer, 600 fois plus de manganèse et 6 fois plus de sulfates que les limites de qualité pour les eaux destinées à la consommation (avant potabilisation).
Elles pourraient aussi contenir des substances toxiques comme du nickel, de l’arsenic et du cadmium.
Selon la procédure normale, avant d’être rejetées, elles auraient dû être décantées, traitées à la chaux puis par ozonation pour éliminer l’acidité et réduire les taux de contaminants.
« Nous sommes atterrés, réagit Aline Bifolchi, conservatrice de la réserve naturelle régionale, présente à la réunion. Il est inacceptable d’avoir l’information des mois plus tard. Il aurait fallu faire des mesures en direct. Où sont partis tous ces contaminants ? Dans le fond de la rivière ? Dans les prairies humides autour ? Nous exigeons une transparence totale sur les dysfonctionnements de cette mine. »
L’Association de mise en valeur (AMV) qui gère la réserve bénéficiait depuis dix ans du mécénat d’Imerys et réalisait des études naturalistes pour le compte de l’entreprise.
Une proximité qu’Imerys a volontiers mise en avant pour faire passer son projet de creuser une quatrième fosse minière, dont les premiers dynamitages ont eu lieu en 2025.
Depuis nos révélations sur les pratiques de l’entreprise, l’association a mis fin à tous ses partenariats avec Imerys. « On ne peut pas protéger la réserve et toucher de l’argent de l’entreprise accusée de la polluer », explique Aline Bifolchi.
Fin 2024, lorsque nos analyses ont montré que les cours d’eau de la réserve étaient pollués aux métaux toxiques, la Région, autorité de classement de la réserve, a écrit à la préfecture pour exiger une étude indépendante sur l’impact de la mine, avec des analyses complémentaires : aucune réponse.
En avril dernier, suite à l’affaire du déversement de produits chimiques, la Région et l’AMV ont réitéré leur demande. Toujours pas de réponse.
L’intercommunalité veut lancer une étude environnementale et sanitaire indépendante

Contactée par notre rédaction, la préfecture des Côtes-d’Armor affirme avoir mené chez Imerys Glomel « une inspection le 30 avril dernier suite aux dénonciations de Splann ! ».
Deux mois plus tard, le rapport reste « en cours de finalisation ». Qu’en est-il de l’étude environnementale et sanitaire indépendante que demandent la réserve, les communes et les associations Refracterre et Douar Bev ? « Le législateur a prévu que les exploitants d’ICPE, et notamment de carrières, réalisent, à leurs frais, les contrôles d’autosurveillance qui leur sont imposés », a répondu la préfecture.
« On ne peut pas se fier à des mesures payées par l’entreprise », a tranché Sandra Le Nouvel, présidente de la communauté de communes du Kreiz Breizh (18.563 habitants) à l’issue de la rencontre avec Imerys, qui aura duré trois heures.
Actant l’absence des services de l’État à ce rendez-vous pourtant très attendu, elle a annoncé que la communauté de communes allait diligenter « une étude indépendante sur l’impact des activités extractives du territoire ».
Nous avons réalisé ce tableau pour comparer les caractéristiques des effluents non traités du site d’Imerys Glomel tels que décrits par l’entreprise dans un document de 2023, avec les valeurs limites réglementaires fixées par arrêté pour les eaux destinées à la consommation humaine (comme celles des cours d’eau en aval du site minier).
Nota : Ces effluents sont susceptibles de contenir d’autres contaminants, notamment du nickel, cobalt, arsenic et cadmium.
Sources : Imerys, Dossier d’autorisation environnementale, Etude d’impact : Tome 3, Annexes, 2023 ; Arrêté du 11 janvier 2007 relatif aux limites et références de qualité des eaux brutes et des eaux destinées à la consommation humaine mentionnées aux articles R. 1321-2, R. 1321-3, R. 1321-7 et R. 1321-38 du code de la santé publique.
Imerys Glomel : des révélations en cascade
Premier acte : la consommation d’eau
Créée dans les années 1970, la mine à ciel ouvert de Glomel1 a été creusée au milieu des zones humides et des tourbières, à proximité de plusieurs captages d’eau potable. Imerys a toujours rassuré les riverains en leur annonçant une faible consommation d’eau, 6.000 m³ à l’année (600.000 litres), et son recyclage grâce à un « circuit fermé ».
Au printemps 2024, une première enquête de l’autrice de ces lignes parue dans Reporterre révèle que les usines du site de Glomel, où le minerai est concentré, nécessitent pas moins de 1,9 milliard de litres d’eau par an. Les 6.000 m³ annoncés ne correspondent qu’à l’eau utilisée pour les sanitaires et le réfectoire. Ces eaux sont pompées directement dans la nappe souterraine et rejetées après usage sous forme d’effluents industriels contenant des hydrocarbures, des sulfates et des métaux toxiques.
Deuxième acte : la réserve naturelle intoxiquée
La mine rejette chaque année environ 1,5 milliard de litres d’effluents industriels dans un ruisseau qui traverse, quelques kilomètres en aval, la réserve naturelle régionale « Landes et marais de Glomel » et alimente successivement deux captages d’eau potable. S’appuyant sur les analyses d’un bureau d’études payée par elle, Imerys annonçait n’avoir « aucun impact sur l’environnement ».
Fin 2024, Splann ! publie ses propres analyses des sédiments du ruisseau prélevés au point de rejet d’Imerys et dans la réserve naturelle : on y découvre du nickel, du cobalt, du cadmium et de l’arsenic, soit des métaux toxiques à des taux jusqu’à 50 fois supérieurs à ceux du ruisseau en amont de l’usine.
Troisième acte : déversement de plus de 3.000 litres de produits chimiques
Pour les lecteurs de la presse locale ou même toute personne ayant visité la mine, le traitement de l’andalousite s’effectuait « exclusivement à l’eau ».
Imerys n’avait guère communiqué sur son usine de flottation qui consomme des milliers de litres d’acide sulfurique et de produits chimiques par semaine. Jusqu’en mars 2026, quand un ancien ouvrier a révélé que la direction lui avait ordonné de vidanger les cuves de produits au sol.
Suite à la diffusion de vidéos filmées dans l’usine où l’on voit ruisseler des liquides aux couleurs psychédéliques, un élu de Glomel a déposé plainte contre Imerys. Le parquet de Saint-Brieuc a ouvert une enquête, le 3 avril dernier, pour « déversement dans l’eau par violation manifestement délibérée d’une obligation de prudence ou de sécurité d’une substance entraînant des effets nuisibles graves et durables sur la santé, la flore et la faune ».
1 Classée par l’administration comme « carrière » parce qu’on y exploite un minéral industriel, l’andalousite, et non une « substance de mine » (fer, or, cuivre, etc.) prévue dans le Code minier. L’andalousite entre dans la composition des briques et des ciments réfractaires utilisés dans les fours industriels.
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