Loi des séries ou regain d’intérêt préfectoral ? En l’espace de 15 jours, deux arrêtés portant prescriptions complémentaires ont été signés à Saint-Brieuc à l’intention d’Imerys Glomel. Si le premier faisait suite à des faits connus depuis juin, à savoir des débordements de bassins ayant entraîné des rejets d’effluents acides dans un ruisseau durant l’hiver, le second – repéré par Ouest-France – concerne une nouvelle pollution.
Le document administratif nous apprend que la société a informé les autorités, lundi 6 juillet, « d’une eau acide dans la zone périphérique du ruisseau du Sabès et de traces d’oxydes de fer ». Deux jours plus tard, un inspecteur de l’environnement a constaté « un rejet d’eau via un drain en dehors des points de rejets autorisés, au nord-est du site ».
Le Sabès est une montagne de déchets miniers, dont l’extension progresse vers l’est, au pied de laquelle se forme un ruisseau intermittent. Ce ruisseau – le Roch Ledan – est un affluent du Crazius, lui-même affluent de l’Ellé. Au moment de la déclaration d’incident, les précédentes précipitations remontaient au 28 juin. Seuls 4,4 mm de pluie étaient tombés ce jour-là dans la commune voisine de Rostrenen.
« Des traces importantes d’oxydes ferriques »

S’appuyant sur le rapport d’inspection remis le 12 juillet (non rendu public à ce jour), la préfecture des Côtes-d’Armor précise que « ces eaux n’étaient pas traitées et avaient notamment des caractéristiques acides, que des traces importantes d’oxydes ferriques ont été constatées dans le ruisseau, que l’ensemble des causes de ces déversements n’a pas encore été identifié et que l’impact sur le ruisseau n’est pas encore connu ».
Imerys se voit contrainte de réaliser, sous cinq mois, deux études sur ce rejet « non maîtrisé ».
La première devra porter sur « l’analyse de [ses] causes profondes » et devra déboucher sur un plan d’action accompagné d’un échéancier. La seconde devra mesurer les conséquences pour la faune et la flore, définir les zones impactées et déterminer les éventuelles mesures correctives à appliquer.
L’exploitant devra enfin installer de nouveaux piézomètres (dispositifs de mesure enterrés) autour du Sabès, en fonction de l’avancement de son extension.
« Imerys poursuit sa pleine coopération avec les services de l’État et mettra en œuvre les mesures qui découleront des résultats de ces investigations », a fait savoir la multinationale auprès de Ouest-France. L’arrêté mentionne que celle-ci a demandé un délai de deux mois supplémentaires « en raison du début des travaux d’investigations fixé pour la fin du mois d’août/début septembre 2026 ».
D’autres constats de pollution ne sont pas à exclure dans les prochains jours. La direction régionale de l’environnement (Dreal) a en effet réalisé cette année un contrôle inopiné sur les rejets aqueux du site. « Les résultats sont attendus prochainement », indiquait la préfecture des Côtes-d’Armor, le 9 juillet.
La pression s’accroît sur Imerys
Trois ans après l’enquête publique sur l’extension de la mine, qui avait donné lieu à des manifestations d’hostilité inédites vis-à-vis du plus important employeur de Glomel, la pression autour d’Imerys est remontée d’un cran.
Le parquet de Saint-Brieuc a ouvert une enquête préliminaire au printemps sur la base des informations recueillies par Splann ! concernant des déversements volontaires de produits chimiques au sein de l’usine de flottation de la mine, en 2021.
En juin, c’est au cours de la réunion annuelle de la commission de suivi de site que les élus locaux et les associations de protection de l’environnement ont pris connaissance des épisodes de rejets acides de l’hiver. Eau et rivières de Bretagne a déposé plainte, tandis que la présidente de la communauté de communes du Kreiz Breizh a annoncé la réalisation d’une « étude indépendante sur l’impact des activités extractives du territoire ». Le parquet a déclaré « s’intéresser aux faits », sans faire davantage de commentaires.
« La question de l’avenir du site et de ses employés doit être urgemment posée »
« Les habitants du Kreiz Breizh et leurs élus assistent impuissants et abasourdis aux passes d’armes macabres entre la préfecture et Imerys. « Je te tiens, tu me tiens…. ». C’est parfaitement insupportable », a réagi dimanche 9 août Jean-Yves Jégo, président de Douar Bev.
Son association réclame un élargissement des compétences de la commission de suivi afin de la doter d’un pouvoir de contrôle et de moyens d’investigation. « Au-delà, c’est la question de l’avenir du site et de ses employés qui doit être urgemment posée », ajoute le militant écologiste, qui siège dans l’opposition à Glomel.
Une demande relayée par la section locale de l’Union démocratique bretonne, qui dénonce « l’incurie des services préfectoraux, incapables de mettre Imerys en demeure de respecter la législation environnementale ». Dans un communiqué daté du 10 août, le parti autonomiste réclame que « les élus et la population du Kreiz Breizh [soient] entendus, pour qu’un vrai contrôle démocratique se mette en place, sans la tutelle du préfet ».
« ll n’est pas tolérable que l’entreprise poursuive ses activités en l’état actuel de ses installations et de ses pratiques », réagit pour sa part Réfrac’terres. L’association met en avant « les enjeux vitaux de préservation de la qualité et de la quantité d’eau pour les captages d’eau potable de Pont Saint-Yves à Plouray, Barrégant au Faouët, Croas Loaz à Langonnet et Mézouët à Glomel, sous influence du site d’extraction de Glomel, en tête des bassins versants de l’Ellé et du Blavet ».
Créée en 2022 pour lutter contre l’extension de la mine, Réfrac’terres réclame la suspension de l’activité jusqu’à la résolution des dysfonctionnements ainsi que la réalisation d’une étude d’impact environnemental et épidémiologique indépendante.

Une réserve régionale naturelle, ainsi que deux stations de pompage d’eau potable, à 8 et à 20 km, se trouvent en aval de la mine. L’étude d’impact réalisée en 2024 concernant le creusement d’une quatrième fosse d’extraction rappelait la « nécessité de maintenir une vigilance importante sur la qualité des eaux rejetées par le site ». Le bassin versant de l’Ellé est le premier secteur breton à avoir été placé en « crise » sécheresse, depuis le 20 juillet. La même décision a été prise le 30 juillet pour le Blavet.
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