« Un incident de plus », souffle Bernard Trubuilt, maire de Glomel, commune costarmoricaine où est installée la mine d’andalousite exploitée par la société multinationale Imerys. Ce jeudi matin, l’élu a été prévenu par les pompiers qu’un accident impliquant un produit chimique avait eu lieu au cœur de l’important site industriel.
Les services de l’État ont été informés des faits à 8 h 45. Selon la préfecture, il s’agit d’« un dégagement de fumée » provoqué par un « mélange accidentel ». « Il y a eu une erreur de livraison, précise Bernard Trubuilt. Un produit, du polychlorure d’aluminium, a été déversé dans une cuve contenant de l’acide sulfurique, provoquant une réaction chimique. »
L’élu s’est rendu sur place dans la matinée pour constater l’important dispositif déployé : les sapeurs-pompiers des Côtes-d’Armor, appuyés par leurs homologues du Finistère, ainsi que plusieurs véhicules de gendarmerie et des ambulances ont été mobilisés.
La préfecture précise que compte tenu de la sensibilité de ce site industriel et du type d’incident, les équipes ont mis en œuvre les procédures liées au risque chimique des protocoles NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique).
Au total, dix engins, 43 sapeurs-pompiers (dont neuf du Finistère), trois personnels du Samu, des militaires du groupement de gendarmerie départementale et des experts de l’unité départementale de la direction régionale de l’environnement (Dreal) ont été mobilisés.
« Un périmètre de sécurité de 300 mètres a également été mis en place par la gendarmerie, pour permettre aux équipes formées au risque chimique de procéder aux vérifications nécessaires à la sécurité du site sans interférences », indiquent les autorités.
Un premier bilan humain, communiqué à 14 h, faisait état de deux personnes mises en charge par mesure de précaution et n’étant considérées pas considérée comme blessées ou en danger.
À 19 h 28, ce bilan s’établissait à six personnes prises en charge par mesure de précaution, dont une évacuée vers le centre hospitalier de Carhaix, « sans notion de gravité ».
« Hors les six personnes impliquées, au regard des faibles quantités déversées, aucune conséquence néfaste n’est à craindre, pour la santé ou l’environnement », assure la préfecture.
Des milliers de litres de produits chimiques utilisés en toute discrétion
Le lieu où s’est déroulé cet accident n’est pas anodin. L’atelier de flottation consomme environ 20 tonnes d’acide sulfurique par an, d’après les données produites par Imerys pour le dossier d’enquête publique sur le projet d’ouverture de la fosse n°4. Cela représente 7.800 litres dilués par jour, selon un ancien ouvrier de l’usine.
D’autres produits chimiques (amylxanthate potassium, mélange de polyglycols, sulfonate de sodium ainsi que des agents tensio-actifs) sont utilisés pour séparer l’andalousite, le minéral recherché, du reste du minerai extrait.
Si 60 % du volume total de ces produits de ces produits, estimés à environ 75 tonnes par an, se retrouvent dans la composition du concentré, 40 % sont redirigés vers la fosse n°2, pour stockage, où ils sont mêlés aux stériles humides.
Pourtant, l’usage de ces produits chimiques a longtemps été nié par le groupe Imerys qui assurait encore en juillet 2025 dans la presse que le traitement de l’andalousite s’effectuait « exclusivement à l’eau ».

L’information a été rendue publique lorsqu’un ancien ouvrier a confié auprès de Splann ! que la direction lui avait ordonné de vidanger les cuves de xanthate et de sulfonate au sol. Selon les éléments que nous avons obtenus, plus de 3.000 litres de produits chimiques ont été déversés illégalement en juillet 2021.
Saisi par l’ex-élu d’opposition Jean-Yves Jégo, le parquet de Saint-Brieuc a ouvert une enquête sur la base de nos révélations. Les investigations ont été élargies après que nous avons publié, le 10 septembre dernier, de nouvelles informations sur l’exposition des ouvriers du site miniers aux poussières de silice hautement toxiques et cancérogènes.
Un nouvel arrêté préfectoral portant mesures d'urgence
Ce nouvel incident vient s’ajouter à une longue liste qui fragilise de plus en plus la multinationale Imerys. En juin dernier, Splann ! révélait une nouvelle pollution de plus de 15 millions de litres d’effluents acides pollués par des métaux lourds qui avaient été déversés en amont de la réserve naturelle régionale de Glomel, sans que son gestionnaire, l’association AMV, n’en soit avertie.
La préfecture a obligé l’industriel à revoir sa gestion des eaux minières à travers un arrêté daté du 21 juillet. S’ensuivit un second arrêté daté du 5 août portant prescriptions complémentaires à Imerys Glomel à cause d’une autre pollution survenue début juillet, relatée par nos confrères de Ouest-France.
Des pollutions et accidents en cascade qui poussent les opposants à la mine à renouveler leur demande de suspension des activités du site. « ll n’est pas tolérable que l’entreprise poursuive ses activités en l’état actuel de ses installations et de ses pratiques », résumait l’association Réfrac’terres fin août.
« Le mélange accidentel qui s’est produit ce matin fait suite à une série d’incidents qui se sont produits ces dernières années », convient la préfecture. Elle ajoute avoir déjà convoqué la direction d’Imerys, dans le cadre du suivi de l’installation. Il s’agira de « faire le point sur la qualité des procédures mises en œuvre et sur les incidents précédents ».
« Les activités d’exploitation minière n’ont pas été arrêtées, poursuit la préfecture. L’usine de traitement pourra reprendre dans les conditions normales à très court terme. S’agissant de l’usine de flottation, dans laquelle la cuve impactée se trouve, les services de l’État suivront attentivement les actions mises en œuvre par Imerys pour répondre aux problématiques rencontrées. Un arrêté préfectoral portant mesures d’urgence sur l’espace impacté et une mise en demeure seront prises à l’encontre d’Imerys dès demain [vendredi 18 septembre, NDLR], afin de conditionner la réouverture du site à une sécurisation complète. »
Boître noire
L’article a été mis à jour le 17 septembre 2026, à 20 h 45, après la communication d’un nouveau bilan humain et d’explications plus précises de la part de la préfecture des Côtes-d’Armor. Le nombre annoncé de personnes prises en charge par les secours était initialement de deux. Télécharger le communiqué préfectoral (pdf).
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