C’est une histoire de réconciliation qui, à certains endroits, prend les allures d’un repli identitaire. En voulant réunir les différentes chapelles de son Église, l’évêque de Vannes s’est-il « laissé doubler sur sa droite ? ». Splann ! revient sur les particularismes d’un diocèse qui verrait des nostalgiques de l’Ancien Régime monarchiste préférer ses valeurs à celles d’un Évangile républicain et rassembleur.
Au regard des chiffres*, le diocèse de Vannes semble vivre ce paradoxe qui veut qu’à la diminution constante de ses effectifs – 217 prêtres, dont 167 en activité, contre 245 il y a près de dix ans – 73 % des habitants de son territoire disaient être catholiques, en 2024. Soit près de 5 % de plus qu’en 2017.
Un cas qui paraît unique au regard de cet article de La Croix de décembre 2025. Article où l’on apprend que 46 % des Français se revendiquaient alors du catholicisme. Une statistique qui traduit cette « poursuite du recul de l’appartenance religieuse », ainsi décrite par nos confrères.
C’est dans ce contexte particulier que l’évêque de Vannes déclarait, le 17 juillet 2025, dans les colonnes de l’hebdo conservateur France catholique : « La foi des Bretons est quelque-chose d’indestructible, d’indéracinable […] Ainsi, quel que soit l’état de l’Église et de notre société, aujourd’hui, si nous accompagnons la volonté de Dieu, alors les ruines pourront être relevées ! »
Derrière l’emphase, bon nombre des personnes interrogées pour cette enquête parlent plutôt d’un mouvement de balancier. De cette « religiosité flottante » qui verrait l’Église catholique mise au défi d’un catholicisme, dont les marqueurs pencheraient davantage du côté d’un repli identitaire que de celui du progressisme enclenché en 1965 par le concile Vatican II.
Ce « flottement », tel que défini par le philosophe et politologue Olivier Roy, engendrerait une « tentation radicale », régulièrement dépeinte par l’historien Denis Pelletier.
En Bretagne, ce mouvement de balancier trouverait ses racines au sein du diocèse de Vannes.
Comme à Sainte-Anne-d’Auray où, depuis maintenant neuf ans, s’élance le Feiz e Breizh. Pèlerinage au départ familial, devenu aujourd’hui l’un des points de rendez-vous de différents groupuscules de l’extrême droite française.
Ou à Lorient qui a vu l’aumônerie des étudiants servir de lieu de socialisation à une poignée d’identitaires, à la poigne résolument vindicative, parfois même violente.
Peut-être plus qu’ailleurs, cette structuration et cette radicalisation – au sens d’un durcissement poussé jusqu’à l’extrême d’une pratique religieuse – ont été rendues possibles en Bretagne, terre historiquement démocrate-chrétienne.
Longtemps pourvoyeur de laïcs et de prêtres, issus des courants « catho de gauche », le catholicisme breton voit ainsi disparaître ces courants progressistes, à mesure que disparaissent leurs militants.
Face à cet état des lieux, l’évêché répond « qu’une vision large et complète du diocèse est plus conforme à la réalité : sur un territoire aussi vaste et varié que celui du Morbihan, la vie diocésaine mobilise des chrétiens de tous horizons et s’adresse au plus grand nombre, que Dieu enveloppe de son amour infini ».
C’est tout l’enjeu de cette enquête. Comprendre si cet « accueil » s’est fait sous le sceau de « la réconciliation entre courants » ou si, comme le considèrent plusieurs témoins, Monseigneur Centène se serait « laissé doubler sur sa droite ».







