« C’est la cata dans le cours d’eau qui est déjà en souffrance avec un niveau d’étiage très bas. » Samedi 8 août, l’alerte transmise à Splann ! par Mathilde*, s’accompagne de photos explicites. Cette riveraine, qui a requis l’anonymat par crainte des représailles, a réalisé des prélèvements d’eau marron foncé dans le Roz Milet.
Ce ruisseau, long de 10 km, se jette dans l’Ellé, à Plouray (56), où se trouve le captage d’eau potable du pont Saint-Yves. Il fait office de frontière entre les départements des Côtes-d’Armor et du Morbihan. En aval de la pollution, le lit du Roz Milet se trouve en zone Natura 2000 et a bénéficié de travaux de renaturation. En 2013, un chantier financé par des fonds publics a permis de réactiver deux anciens méandres pour favoriser le retour de la faune sauvage et notamment de la loutre.
Une cinquantaine de poissons morts

Prévenu par des riverains, Claude Péron, secrétaire de l’AAPPMA du Haut-Ellé n’a inspecté lundi 10 août qu’une petite partie du cours d’eau, entre les lieux-dits Le Faudé et Kermat, distants d’environ 1,5 km, sur la commune de Langonnet. Suffisant pour y découvrir une importante mortalité piscicole.
« J’ai ramassé des truites de 30 cm, des brochets, des chabots ou encore une anguille de 50 cm. En tout, une cinquantaine de poissons », décrit le pêcheur, photos et vidéos à l’appui.
Ses images montrent aussi un tronçon du ruisseau comme figé sous une mousse blanchâtre. « Une sorte de lessivage, quelque chose difficile à définir », réfléchit Claure Péron.
« Je vois ces matières organiques en suspension depuis plusieurs années, confirme Mathilde, qui désigne une ferme voisine. Ici, il y a deux problèmes : une pollution de fond et un débordement ponctuel de lisier. Si aucun poisson n’a été trouvé au plus près de l’exploitation, c’est parce que ce n’est déjà pas vivable en temps normal. »
De fréquents rejets de lisier

Cette exploitation, c’est un élevage autorisé à exploiter 180 vaches laitières et placé sous le régime des installations à risque pour l’environnement (ICPE) de type enregistrement. Ses fosses à lisier, construites à seulement 150 m du cours d’eau, ont déjà connu plusieurs incidents. En décembre 2023, les inspecteurs de l’environnement notent un « rejet d’effluent dans le milieu naturel ». Une visite réalisée en avril 2025 conclut que « les conditions sont remplies pour la levée de la mise en demeure ».
À peine six mois plus tard, fin 2025, six nouvelles non conformités sont relevées. Dans leur rapport, les agents relèvent notamment une « absence de protection efficace et pérenne de la fosse à lisier ». Ils prescrivent de réaliser une sécurisation des installations « dans les plus brefs délais » (l’expression est surlignée), avec justificatifs photos à adresser dans les 15 jours suivant la réception du rapport.
Ces travaux ont-ils été réalisés ? L’enquête entamée dimanche par des agents de l’Office français de la biodiversité permettra peut-être de le déterminer. Le dossier est également sur le bureau du procureur. « L’AAPPMA du Haut-Ellé a porté plainte contre X en gendarmerie et la fédération de pêche se portera partie civile », précise Claude Péron.
« La pollution n’affecte pas l’alimentation en eau potable »
« À la lumière de l’enquête et des éléments qui seront établis, la commune se déterminera sur d’éventuelles démarches judiciaires, indique le maire (sans étiquette) de Langonnet, Eric Jean. S’agissant de la pollution en elle-même, des constations ont été effectuées par l’OFB et une enquête judiciaire est en cours. Je ne souhaite donc pas commenter son origine ni les responsabilités éventuelles. »
« Eau du Morbihan m’indique que l’alimentation en eau potable de Langonnet repose sur la ressource de Miné Du, qui est une ressource souterraine. La pollution du cours d’eau signalée n’affecte donc pas cette ressource », ajoute l’édile, qui a revêtu l’écharpe tricolore en mars dernier.
Mardi 11 août, la municipalité a communiqué à travers sa page Facebook. Elle demande à la population de ne pas utiliser l’eau du Roz Milet, ni de s’en approcher inutilement. Les animaux ne doivent pas s’en abreuver.
Langonnet se situe sur le flan sud des Montagnes noires, où prennent leur source des cours d’eau qui donneront des rivières puis des fleuves. C’est aussi le premier territoire breton que les autorités ont basculé cet été en état de « crise » sécheresse, soit le plus haut régime de restriction. Aggravé par les canicules, le déficit hydrique observé depuis le début de l’année se creuse inexorablement. « Cette pollution se produit au pire moment », souffle Claude Péron.
* Le prénom a été modifié.
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