Selon les éléments que nous avons obtenus, la direction d’Imerys Glomel a demandé aux ouvriers de procéder à la vidange de cuves de produits chimiques, en juillet 2021. Un ancien salarié, attaché à l’usine de flottation, a documenté les faits. Vidéos à l’appui, il estime qu’environ 3.000 litres de xanthate et de sulfonate de sodium ont été rejetés volontairement à même le sol.
Le procureur de la République de Saint-Brieuc a ouvert une enquête du chef de « déversement dans l’eau par violation manifestement délibérée d’une obligation de prudence ou de sécurité d’une substance entraînant des effets nuisibles graves et durables sur la santé, la flore ou la faune ». La gendarmerie est chargée de « vérifier la réalité de la pollution dénoncée et [d’en] déterminer la cause éventuelle ».
Jointe par l’AFP, la direction d’Imerys a « exclu tout rejet non contrôlé dans le milieu naturel », et dit examiner nos informations pour « en déterminer l’origine » ainsi que l’interprétation.
Dans un communiqué partagé sur ses réseaux sociaux le 2 avril, la députée LFI-NFP de la circonscription, Murielle Lepvraud, a dénoncé « le manque d’information et de transparence sur les sites miniers [qui] font naître légitimement l’inquiétude des citoyens, riverains et salariés ».
Lors de sa visite des installations d’Imerys, à Glomel, en juin 2023, l’usine de flottation ne lui avait « pas été présentée ». « Je n’ai d’ailleurs pas été informée d’une utilisation de produits chimiques pour l’exploitation de l’andalousite, poursuit-elle. La question du contrôle réel des industriels et de l’indépendance des dispositifs de surveillance environnementale se pose ici. »
« Pas de polémique »
L’élue de gauche a répété son message dans l’enceinte du Palais Bourbon, le 16 juin dernier. Une séance de questions orales sans débat lui a donné l’occasion d’interroger directement le gouvernement.
« S’il convient de préserver la séparation des pouvoirs et la sérénité de l’enquête en cours, nous ne pouvons fermer les yeux sur cette situation, a-t-elle déclaré. Ainsi, je vous demande quels sont les moyens mis en œuvre pour contrôler le respect, par les entreprises minières, des normes environnementales en vigueur. »
Qualifiant l’événement de « grave, s’il était avéré », la ministre déléguée chargée de l’intelligence artificielle et du numérique s’est abstenue de tout commentaire supplémentaire concernant cette affaire. « Laissons la justice éclaircir les faits et les responsabilités, sans lancer de polémique ! », a-t-elle ajouté.
Anne Le Hénanff a confirmé la volonté du gouvernement d’ouvrir de nouvelles mines dans l’Hexagone. Cette orientation s’est notamment matérialisée par la visite du président de la République, Emmanuel Macron, à Échassières (Allier), le 22 avril 2026. Imerys entend y extraire du lithium.
Une exploitation conciliable avec la protection de l’environnement, selon la ministre, qui précise que « ces installations sont soumises à un encadrement précis et rigoureux » et que celle de Glomel doit faire l’objet d’une surveillance quotidienne des rejets par l’exploitant.
« Le gouvernement considère que la sobriété dans l’usage des ressources minérales constitue un levier indispensable de sa stratégie de souveraineté industrielle et de transition écologique », a lu Anne Le Hénanff, dans un discours relevant du « en même temps ».
« La souveraineté a bon dos ! Entre l’andalousite et l’eau, que choisit-on et comment fait-on ? Manifestement, en la matière, les contrôles n’ont pas suffi. On compte 1.500 inspecteurs pour 500.000 installations classées pour la protection de l’environnement, a réagi Murielle Lepvraud. Alors que les textes récents vont dans le sens inverse, comment faire pour contrôler l’eau ? »
Une ultime question à laquelle la ministre, ancienne députée Horizons de Vannes entrée au gouvernement lors du dernier remaniement, a opposé son silence.
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