En plein cœur du Centre Bretagne, à Glomel, la mine d’andalousite exploitée par le groupe Imerys cristallise depuis plusieurs années une opposition locale de plus en plus visible. Dans ce reportage d’Antoine Chao et de William Petit, des habitants dénoncent l’impact environnemental, social et paysager de l’exploitation minière et de ses projets d’extension.
Jean-Yves Jégo, conseiller municipal écologiste et figure de la contestation depuis 2022, décrit une commune progressivement encerclée par les déchets miniers. Au pied des immenses « stériles » – ces montagnes de résidus issues du traitement du minerai – il évoque des poussières disséminées « sur des kilomètres », des inquiétudes sanitaires persistantes et des eaux rendues très acides par les réactions chimiques liées aux déchets. Selon lui, l’exploitant utilise chaque année près de 1.500 tonnes de soude pour neutraliser les effluents du site.
La terre creusée, les habitants divisés
L’exploitation tourne jour et nuit. Plus d’un million de tonnes de déchets sont produites chaque année. Les habitants opposés au projet dénoncent également l’emprise foncière grandissante de l’entreprise, qui rachète maisons et terres autour du site. Certains villages ont quasiment disparu ou se retrouvent peu à peu vidés de leurs habitants.
Le conflit s’est intensifié avec le projet d’ouverture d’une nouvelle fosse et l’extension des zones de stockage. Pour les opposants, la situation est d’autant plus préoccupante que Glomel se situe au cœur d’un important réservoir d’eau breton. « Le Centre-Bretagne est le château d’eau de la Bretagne », rappelle Jean-Yves Jégo, qui estime que ces ressources devraient être « sanctuarisées ».
Longtemps discrète, la contestation a pris une nouvelle ampleur après un accident de pollution en 2013 ayant affecté des eaux destinées à la consommation humaine. Depuis, des collectifs citoyens tels que Douar Bev – dont Jean-Yves Jégo est président – ou Mines de Rien se mobilisent régulièrement, malgré un climat local tendu. Plusieurs habitants décrivent une commune profondément divisée entre défense de l’emploi industriel et préoccupations environnementales.
L’argument économique reste central pour les soutiens de la mine. Le site, unique exploitation d’andalousite en Europe, emploie encore plusieurs dizaines de salariés et exporte sa production à l’international via le port du Légué, près de Saint-Brieuc. Mais les opposants estiment que le coût écologique et humain devient trop lourd.
Le « barde du village » Jean-Daniel Bourdonnay résume cette inquiétude dans une chanson consacrée aux villages « engloutis » par les remblais miniers. Il y décrit « un ogre » qui « fait des trous dans la terre » et ensevelit peu à peu maisons et paysages pour alimenter le capitalisme international.
Quelques semaines après ce reportage, nous avons révélé que plus de 3.000 litres de produits chimiques avaient été déversés sur le sol de l’usine de flottation d’Imerys Glomel, en juillet 2021. Jean-Yves Jégo a saisi le parquet de Saint-Brieuc au titre de l’article 40 du Code de procédure pénale. Le procureur a ouvert une enquête du chef de « déversement dans l’eau par violation manifestement délibérée d’une obligation de prudence ou de sécurité d’une substance entrainant des effets nuisibles graves et durables sur la santé, la flore ou la faune ».
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🎧 Un reportage réalisé par William Petit et Antoine Chao, en février 2026, dans le cadre de l’atelier radio de Skol Doc à Mellionnec (22).
🎶 La musique est de Jean-Daniel Bourdonnay.
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