À la suite d’un contrôle qu’elle décrit comme « intrusif », Cécile Weyer perd le bénéfice du revenu de solidarité active en juin 2025 (651.69 € par mois pour une personne seule au 1er avril 2026). « Le contrôleur du Département me dit que le statut juridique de mon entreprise ne me permet pas de demander le RSA car je suis normalement dans l’obligation de me verser un Smic », expose la maraîchère.
Contestant sa radiation, celle qui a bifurqué vers l’agriculture bio après plusieurs années dans le tertiaire à Los Angeles se sent démunie : « Mon contrôleur me dit qu’il sait très bien que la loi est floue, mais que c’est la façon dont le conseil départemental a choisi de l’interpréter. »
« Cela fait depuis 2024 que des adhérents nous sollicitent », confirme Nathan Martin, co-secrétaire général de la Confédération paysanne du Finistère. La troisième organisation d’exploitants agricoles s’est également portée partie civile dans ce dossier. L’an passé, elle avait obtenu le rétablissement du versement du crédit d’impôt bio à des agriculteurs pour qui cette aide à l’entreprise avait été considérée comme un revenu par le Département.
« Un demi-hectare de poireaux, une poule et deux canards, et le RSA »

Cité à comparaître pour « harcèlement moral institutionnel » en compagnie de son directeur de l’emploi, Maël de Calan défend le « plan RSA » mis en place après son arrivée aux commandes de la collectivité, en 2021.
« Il y a toute une population qui confond le RSA avec le revenu universel », avait affirmé le proche d’Edouard Philippe, sur Sud Radio, le 26 mars, quelques jours avant l’audience de consignation.
« On a aussi des agriculteurs, ou plutôt des faux agriculteurs, qui ont un demi-hectare de poireaux, une poule et deux canards, et le RSA, parce qu’ils ont décidé de s’engager dans une nouvelle forme d’exploitation agricole, mais qui n’est pas viable économiquement. Et ça, ce n’est pas normal », déclarait-il encore face à Jean-François Achilli.
S’érigeant en défenseur de la « valeur travail », Maël de Calan a fait de la baisse du nombre d’allocataires un fil rouge de son mandat.
Après avoir réuni à huis-clos 200 chefs d’entreprise chez Armor-Lux, en décembre, pour leur vanter sa politique, l’ex-consultant chez McKinsey s’est de nouveau passé du filtre des journalistes en faisant acheter par la collectivité plusieurs pleines pages de pub dans Ouest-France et Le Télégramme. Parues courant avril sous le titre « En Finistère, le RSA mène à l’emploi », elles mettent en cause des « attaques […] qui caricaturent les actions menées ».
Comprendre par là, des attaques de la CGT.
« Épuiser, fatiguer, faire du mal »
« M. Calan n’a qu’une obsession : celle des allocataires RSA qui profiteraient du système. Le moyen de les exclure, c’est d’épuiser, fatiguer, faire du mal, distribuer de la maltraitance à des allocataires qui sont déjà en difficulté », analyse Ludovic Morin, le secrétaire de l’union départementale CGT du Finistère.
Des mois durant, le syndicat a préparé la riposte sur le terrain judiciaire. Ludovic Morin et ses camarades ont réuni des dizaines de témoignages : « Beaucoup de paysannes, souvent des femmes seules, qui démontraient ce harcèlement qu’on dénonce aujourd’hui. »
En situation de précarité, Cécile Weyer est en traitement pour dépression. La maraîchère décrit un système « déshumanisant » et une « situation humiliante ». « J’ai l’impression que mon contrôleur sait tout de ma vie et moi je ne sais rien de lui. Il y a un rapport de pouvoir totalement déséquilibré. »
Une étude commandée par le Département d’Ille-et-Vilaine chiffre cette souffrance. Sur 468 Bretilliens interrogés, un allocataire du RSA sur deux remplit les critères du burn-out, sept sur dix manifestent des symptômes dépressifs et neuf sur dix de l’anxiété « Être au RSA, c’est avoir une vie remplie d’exigences et de contraintes et qui peut mener à l’épuisement professionnel », résume son auteur, Charlie Renaud, maître de conférences en psychologie du travail.
Un coaching décrié
Le plan RSA du Finistère comprend également un volet « coaching » qui vise à lutter contre un « défaut de mobilisation des allocataires ». L’accompagnement de la start-up BimBamJob, qui a remporté le marché en 2022, est jugé « inutile » voire « humiliant » par des bénéficiaires que nous avons rencontrés.
Les associations d’aide aux personnes en difficulté s’alarment du durcissement des politiques sociales. « Le regard que la société porte sur les plus pauvres est un point central. Dire que les personnes ont choisi d’être pauvres contribue à mettre de côté les responsabilités de la société auprès des plus exclus », déplore Sophie Rigard.
La chargée de projet au Secours catholique voit une dissonance cognitive entre la valorisation de la création d’entreprise et la dureté des discours autour des personnes bénéficiant des minima sociaux : « Quand il s’agit de faire ça avec un peu de RSA, tout de suite, ça donne lieu à une stigmatisation et à une pression pour arrêter. »
Face à ces accusations, Maël de Calan dénonce « une manœuvre politique de la gauche et de l’extrême gauche ». En représailles, le fils de l’ex-numéro 2 du patronat de la métallurgie affirme avoir attaqué en diffamation le leader de la CGT, sans préciser les propos concernés.
« Pas du tout inquiet », Ludovic Morin fait savoir que le nombre de témoignages déposés auprès du tribunal a doublé. Chaque partie pourra exposer ses arguments devant le juge, lors d’une audience sur le fond programmée ce 15 juin au tribunal correctionnel de Brest.
Crédits
Rédaction et montage : Kristen Falc’hon ; tournage : Tanguy Alanou ; accompagnement éditorial : Sylvain Ernault.
Cette vidéo a bénéficié d’une bourse du Journalismfund Europe.
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