Installée depuis les années 1990 à Bréhan, dans le Morbihan, la société Olmix propose des « solutions biosourcées à forte valeur ajoutée à destination des secteurs de l’élevage et des cultures ». C’est-à-dire, des compléments alimentaires pour le bétail et des engrais, fabriqués notamment à base d’algues. Aujourd’hui l’entreprise fondée en centre-Bretagne est devenue un groupe international composé de 36 filiales dans le monde et comptant plus de 600 employés. En 2023, son chiffre d’affaires avoisinait 200 millions d’euros avec une grande majorité de sa production destinée à l’export.
En Bretagne, Olmix a été propulsée sur le devant de la scène lorsqu’elle s’est intéressée aux algues vertes. L’entreprise assure pouvoir valoriser ces algues, qui s’accumulent sur les plages bretonnes l’été et dégagent un gaz mortel — l’hydrogène sulfuré —, lorsqu’elles sont en état de décomposition. Depuis 2012, Olmix ramasse jusqu’à 10.000 tonnes d’algues vertes par an et les achemine ensuite vers sa bioraffinerie de Bréhan. En 2024, elle a même lancé une expérimentation pour collecter ces algues directement en mer.
En mai 2024, Gabriel Attal — alors premier ministre — vante une « réussite made in Bretagne » lors de sa visite d’Olmix. En mars 2025, le député Modem des Côtes-d’Armor et ancien maire d’Hillion, Mickaël Cosson, se rend à Bréhan dans le cadre d’une mission flash sur la « valorisation des algues vertes face à leur prolifération ». Une démarche vivement contestée par les associations de défense de l’environnement qui préconisent avant tout l’éradication des marées vertes.
Sur le site du Guétavet, l'entreprise ne maîtrise pas ses déchets
Un mois avant le passage du député, en février 2025, le site de production d’engrais du Guétavet, située à quelques kilomètres du siège social, a reçu une visite d’inspection en tant qu’installation classée pour l’environnement. Les conclusions du contrôle sont alarmantes. Le rapport fait état de « nombreuses non conformités » au sein de l’usine, nous apprennent nos confrères de Radio Breizh.
En parcourant les treize points, détaillés dans le document, les non conformités semblent particulièrement inquiétantes en ce qui concerne de possibles pollutions des eaux.
« L’exploitant stocke ses déchets (dangereux ou non) de manière désordonnée sur le site. Le type de déchet n’est pas identifié, sans rétention et dans des zones où l’inspection a constaté la présence d’avaloirs d’eaux pluviales », détaillent les inspecteurs qui insistent : « Des rebus de production, conditionnés en sacs et parfois éventrés, sont stockés sans précaution, à même le sol. » Et le rapport de préciser que « le sol de la zone de dépotage de mélasse, vinasse et de sulfate de calcium, présentait des traces de débordement » à proximité de ces avaloirs.
Comment savoir si les eaux pluviales et les eaux résiduaires de l’usine ont été polluées par ces débordements ?
« Le rejet du bassin de confinement des eaux pluviales ne possède pas de point de prélèvement ou de point de mesure, tout comme le rejet de l’installation de traitement des eaux résiduaires (lagunes) », alerte le rapport d’inspection avant de conclure « que l’exploitant ne procède pas au contrôle de ses eaux pluviales, ni de ses eaux résiduaires ». Les eaux résiduaires sont donc censées être traitées par des lagunes qui présentaient, lors de la visite, « un aspect dégradé, avec une présence importante de boues dans la première. L’exploitant a indiqué qu’une partie des aérateurs était en panne ».
En cas de pollution accidentelle, l'usine n'est pas prête
Pour ce qui est des pollutions accidentelles et de leur prévention, Olmix n’est pas non plus au point avec des zones de risques « grossièrement identifiées, sans préciser la nature du risque ». Le plan de stockage permettant de localiser les produits dangereux est inexistant et des consignes sont « incomplètes et pas formalisées » en ce qui concerne, entre autres, les mesures à prendre en cas de fuite de produits dangereux.
Lorsqu’une entreprise stocke un liquide susceptible de créer une pollution des eaux ou des sols, celle-ci a l’obligation d’assurer une capacité de rétention minimale. Pourtant, « les trois cuves enterrées prévues dans la demande d’enregistrement [datant du 3 mars 2023, NDLR] ne sont pas encore en place », établit le rapport en s’inquiétant encore une fois des potentiels rejets dans l’eau : « Le sol du local de stockage des produits dangereux est bétonné, cependant un regard d’eau pluviale est présent dans celui-ci. »
Du côté de la qualité de l’air, le rapport fait également état de rejets non conformes de poussières dans l’atmosphère. Globalement, l’inspection pointe une usine peu entretenue et peu surveillée par l’exploitant qui n’est pas en mesure de fournir une partie des documents obligatoires.
Contactée au sujet de tous ces dysfonctionnements, la société Olmix n’a pas donné suite à nos sollicitations.
Face à ce « grand nombre de non-conformités », le préfet du Morbihan a tranché via un arrêté, daté du 14 mars 2025. La société Olmix est mise en demeure, sous un délai de six mois, de réaliser un audit de conformité et, à l’issue, de mettre en conformité son installation. En cas de non respect des prescriptions, la société s’expose notamment à une amende administrative de 15.000 € et à une astreinte journalière de 1.500 €.
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