Soirée sélect, ce mercredi soir, dans le magasin d’usine Armor-Lux. Devant 200 chefs d’entreprises, Maël de Calan (ex-LR) expose le bien-fondé de sa politique sur le revenu de solidarité active (RSA). Un choix particulièrement controversé, comme nous l’écrivions en octobre. Au point de provoquer un comité d’accueil militant, aux abords du magasin, où le président du Département prend la parole.
De l’ambiance et de la réception de ce discours par les entrepreneurs réunis, nous ne pourrons pas témoigner. Et pour cause. Alors que deux de nos journalistes, Kristen Falc’hon et Chloé Richard, se sont inscrits pour couvrir l’évènement, le jour dit, ces derniers trouvent porte close et se voient interdire l’accès à cette soirée.

Soirée qualifiée de « privée » quelques heures auparavant par l’une des chargées de communication qui laisse un message vocal à Chloé Richard. Lui signifiant explicitement que la presse n’est pas invitée.
Une affirmation qui se voit démentie par ces feuilles d’émargement, disposées sur une table, à l’accueil du site. Parmi ces feuilles, on en retrouve une à destination des entrepreneurs inscrits à la soirée et une autre réservée à … la presse.
Un vigile s’en prend à notre caméra
Ce qui n’a pas empêché les journalistes de Splann ! de se voir refuser l’accès à ce cocktail dînatoire. Alors même qu’ils repèrent la présence de confrères à l’intérieur du site. Face à ce qui pourrait s’apparenter à une forme de « tri » entre médias, il leur sera répondu que « la presse présente l’était en tant que représentante des patrons de presse ».
Une assertion contredite par deux comptes rendus de la soirée, signés par des journalistes salariés – et non des patrons – de Ouest-France et Le Télégramme.
Ainsi refoulés, nos journalistes sont cantonnés au parking.
Pendant ce temps, le « comité d’accueil » organisé par la CGT et appuyé par des militants de Solidaires et de la Confédération paysanne est dispersé par les forces de l’ordre qui usent de gaz lacrymogène.
Tandis qu’il filme les manifestants, Kristen Falc’hon est soudainement pris à partie par un vigile de la société privée Sécurit’Ouest. Vigile qui a enlevé son matricule, avant de s’en prendre à sa caméra.
Après avoir été elle aussi refoulée, Chloé Richard se dirige vers la manifestation pour rejoindre son collègue. C’est en approchant du barrage, constitué de vigiles et de policiers, qu’elle entend son nom être mentionné.
Preuve, s’il en était besoin, que Splann ! n’était pas le bienvenu à cette soirée bilan du président Maël de Calan.
Boîte noire
Quand le président d’un exécutif départemental discourt devant 200 patrons, il s’agit d’un événement public. Choisir les médias ou les journalistes en droit d’assister à cette prise de parole représente une entrave manifeste à la liberté de la presse. Les empêcher de travailler jusqu’aux abords du site éclaire sur le traitement particulier réservé à Splann !, ce 3 décembre, à Quimper.
C’est pourquoi nous avons adressé, ce jeudi 4 décembre, un courrier de protestation à Maël de Calan. Courrier auquel le président du Département a répondu, le vendredi 5 décembre, redisant que « cet événement […] était destiné aux chefs d’entreprises » ; que la présence de médias sur place « l’a été exclusivement en tant qu’entreprises finistériennes, et non en qualité de journalistes ». Revenant sur les agissements du service de sécurité, Maël de Calan indique « que le Département n’a donné aucune directive relative à la manipulation de matériel professionnel, ni a un quelconque traitement particulier des journalistes ».
En plus du Département, nous avons envoyé notre courrier aux trois principaux syndicats de journalistes (SNJ, SNJ-CGT et CFDT Journalistes), au Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne (Spiil), ainsi qu’à l’Observatoire français des atteintes à la liberté de la presse (Ofalp).
EDIT : la réponse du conseil départemental a été ajoutée à notre article, le vendredi 5 décembre, à 12h50.
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