Depuis 2024, la Compagnie des pêches de Saint-Malo exploite le navire de pêche le plus décrié au monde : l’Annelies Ilena. L’investissement de l’entreprise malouine dans un mastodonte des mers – 145 mètres de long – bouscule la filière et l’interroge : quel est l’avenir de la pêche bretonne ?
Sur les quais, certains y voient le jusqu’au-boutisme d’un modèle à bout de souffle au bord de l’effondrement. D’autres l’observent comme un horizon menaçant, impitoyable pour les marins et les écosystèmes. Sur les ports, les voix divergent – et s’opposent parfois violemment. Tout le monde est d’accord sur le constat : le secteur, balayé par les crises, prend l’eau de toute part.
Au point que des navires ne parviennent plus à prendre le large faute de marins pour constituer leurs équipages. Pour répondre à ce manque de bras, les patrons pêcheurs vont chercher leurs marins de plus en plus loin, jusqu’en Indonésie. Ces nouveaux matelots étrangers, plus facilement corvéables et très peu protégés par les syndicats, s’exposent à des risques d’exploitation accrus, et annoncent une mue profonde de la profession.
Mais si des bateaux restent à quai, c’est aussi que la ressource se porte mal. C’est par exemple le cas du maquereau, poisson victime de la surpêche et du dérèglement climatique, que les artisans bretons n’ont presque plus le droit de capturer. Il est devenu le symbole de l’accaparement des droits de pêche par des multinationales, notamment représentées en Bretagne par le Scombrus, chalutier ultra-moderne de l’armement France Pélagique.
Parmi tous ces défis, un engin est dans l’œil du cyclone : le chalut de fond. Zoom sur le pays bigouden, dont la flotte est particulièrement concernée. Les chalutiers sont aujourd’hui confrontés à une double crise : les limites écologiques du chalut, dénoncées depuis longtemps et les limites économiques d’une méthode très gourmande en énergie, dont les prix grimpent à cause de la guerre en Ukraine et aujourd’hui en Iran.
Ces mutations entraînent le secteur dans une forte crise démocratique. Des multinationales de la pêche, souvent aux mains de capitaux étrangers, sont fortement représentées dans les instances de gouvernance tandis que les pêcheurs artisans, qui défendent une pêche plus respectueuse de l’environnement, se sentent exclus des grandes décisions. Dès lors, le modèle éprouve les plus grandes difficultés à se penser et à se réformer.







