Vidéo

Implants Essure, un long silence empoisonné, l’enquête en bref

Nos journalistes Juliette Cabaço Roger et Faustine Sternberg ont enquêté pendant un an sur la gestion sanitaire des implants contraceptifs Essure. Leur travail, récompensé par la Maison des lanceurs d’alerte, interroge le système de contrôle des dispositifs médicaux et les liens entre certains professionnels de santé et les fabricants.

Produite par Conceptus puis par Bayer, entre 2002 et 2017, cette solution de stérilisation définitive a été implantée à un million de femmes dont 240 000 en France.

Au fil des années, de nombreuses patientes ont signalé des effets indésirables : douleurs chroniques, inflammations, fatigue, réactions allergiques, perturbations des cycles menstruels, migrations des implants et complications ayant parfois nécessité leur retrait.

En septembre 2017, un mois après la suspension du marquage CE, Bayer a décidé d’arrêter la vente des implants Essure en Europe. Le retrait définitif du marché américain est intervenu fin 2018. Le laboratoire conteste tout défaut de sécurité et justifie sa décision par des raisons commerciales.

Au moment de la publication de notre enquête, en 2022, 30 000 Françaises avaient subi une ablation des trompes ou de l’utérus, seul moyen de retirer l’implant.

Nous avons révélé l’existence d’un rapport commandé en 2017 par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), face à l’afflux des signalements. Resté confidentiel pendant plusieurs années, ce document évoque notamment un possible phénomène de corrosion galvanique des implants susceptible de provoquer des réactions inflammatoires.

Les dossiers réglementaires examinés avant et pendant la commercialisation faisaient état, dès 2004, d’un relargage d’étain et de phénomènes de corrosion.

Nous soulignons aussi que des médecins gynécologues ayant promu ce dispositif en Europe ont reçu d’importantes rémunérations de la part du fabricant, soulevant des questions sur d’éventuels conflits d’intérêts.

Des procédures pénales ont été ouvertes après des plaintes déposées par des patientes et des associations. Elles portent notamment sur des soupçons de tromperie aggravée, blessures involontaires et mise en danger d’autrui.

Aux États-Unis, Bayer a conclu en 2020 un accord transactionnel portant sur environ 39 000 plaintes, pour un montant d’environ 1,6 milliards de dollars. Cet accord a permis de clore une grande partie des contentieux civils américains, mais l’entreprise a précisé qu’il ne constituait ni un aveu de responsabilité ni une reconnaissance d’un défaut du produit.

En France, plusieurs milliers de femmes ont engagé des actions en justice contre différents acteurs, mais aucun procès n’a permis d’établir définitivement des responsabilités.

En février 2026, la cour administrative d’appel de Paris a estimé que l’ANSM n’avait pas commis de faute dans la surveillance du dispositif, jugeant le rapport bénéfice-risque favorable au moment de sa mise sur le marché.

« Dans ce dossier, nous sommes complètement au point mort, nous confie la Briochine Isabelle Ellis, présidente de l’association Alerte contraceptions. Je désespère de faire reconnaitre un jour les conséquences sur la santé de milliers de femmes qu’ont déclenché les implants Essure. »

Cette vidéo a bénéficié d’une bourse du Journalismfund Europe.

📹 Tournage et montage : Charlotte Billault