Nous décortiquons d’abord la crise la plus visible, celle des urgences. Sur les 33 services d’urgence hospitaliers que compte la Bretagne à cinq départements, 21 sont déjà régulés, ou en passe de l’être, ce mois-ci. Mettant en péril un droit fondamental, celui de l’accès aux soins pour tous et toutes, 24 h/24.
En 2019, plus de 1.000 chefs de service démissionnent de leurs fonctions administratives dans les hôpitaux des quatre coins de la France. L’année suivante, en pleine crise du Covid, la population applaudit des deux mains les soignants, depuis leur fenêtre. L’indispensable hôpital doit pourtant se saigner encore une fois cette année, avec 700 millions d’euros d’économies décidées par le gouvernement pour tout le secteur hospitalier et médico-social.
En Bretagne, les urgences explosent : on trie les patients
Être soigné devrait être un droit garanti jour et nuit. La réalité est tout autre. La régulation des urgences de nuit ne signifie pas la fermeture du service, mais elle implique le tri des patients. Ce parcours de soins détérioré révèle trois dysfonctionnements majeurs derrière la crise des urgences :
- Face à la difficulté pour obtenir un rendez-vous chez un généraliste comme chez un spécialiste, les patients s’adressent aux urgences, pour des soins… non urgents.
- Ce déficit de prise en charge a des conséquences désastreuses pour la population la plus défavorisée qui n’est pas prise en charge à temps, aggravant les séquelles possibles, voire qui renonce à se soigner.
- Une aubaine pour les centres de soins privés qui tirent leur épingle du jeu en s’installant sur un marché porteur, instaurant une médecine à deux vitesses, où celui qui a les moyens de payer sera pris en charge plus rapidement.
Une enquête, signée Isabelle Jarjaille, Caroline Trouillet et Raphaël da Silva, illustrée par Achille Ménard, à retrouver également chez nos partenaires éditoriaux : Mediapart, Reporterre, Basta!, ainsi qu’en breton, chez Radio Breizh et Ya!.
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