Entre-temps, et ce temps est bien long, l’auteur renvoie chaque ébauche de personnage à ses démons : le collapsologue amateur est ridicule ; la maire, exilée roumaine, ne s’épanouira vraiment qu’une fois rentrée dans son pays d’origine ; et l’énarque haut-fonctionnaire, dédié au bien public, réalisera, mais un peu tard, que la République sert de paravent « aux voleurs et aux empoisonneurs ». La satire est systématique, mais ça tire dans tous les sens, et surtout vers la caricature. L’auteur, en surplomb de ses personnages, finit par vanter, sans convaincre, le retour aux communs. Dans sa moquerie facile et indifférenciée de l’État, de la modernité, et du féminisme, on lit une nostalgie plutôt rance pour les « hiérarchies naturelles » chères au Barrès des Déracinés : ce que Laurent Chalumeau qualifie de néopétainisme.
Plus fondamentalement, ce qui pose problème dans cette série consacrée aux quatre éléments, c’est la fascination pour l’effondrement et pour la tentation de la guerre civile. Gaspard Koenig joue à se faire peur. La peu crédible prise d’assaut du palais du Luxembourg par un groupe d’écologistes radicalisés, à la fin d’Humus, légitimait le néologisme d’« écoterroriste ». Dans Aqua, ce vertige de l’effondrement transparaît à chaque instant, tantôt moqué, tantôt invoqué. Ce n’est pas si éloigné de l’accélérationnisme d’extrême-droite à la Laurent Obertone.
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Références
Aqua, de Gaspard Koenig, éditions de l’Observatoire, 2026, 23 euros.
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