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« L’agroindustrie fait durer la controverse sur les algues vertes », Morgan Large à la journée Sciences & Médias

À la Bibliothèque nationale de France, lors de la journée « Sciences et médias 2025 », la cofondatrice de Splann ! Morgan Large a livré un témoignage incisif sur la manière dont certains lobbies agro-industriels utilisent la science pour retarder la résolution du scandale des algues vertes en Bretagne.

Figure du journalisme d’enquête sur l’agroalimentaire breton, Morgan Large a décrit une stratégie bien rodée. Les faits ne sont pas niés frontalement, mais le doute est entretenu afin de gagner du temps. Selon elle, certaines organisations professionnelles (FNSEA, Coordination Rurale…), des firmes et leurs relais institutionnels ont longtemps cherché à relativiser le lien entre les excédents de nitrates agricoles et la prolifération des marées vertes. Une mécanique comparable aux méthodes employées par les industries du tabac ou des pesticides.

La journaliste a expliqué comment certaines études scientifiques étaient mises en avant quand elles servaient les intérêts économiques dominants, tandis que d’autres travaux étaient discrédités ou marginalisés. Cette instrumentalisation de la recherche s’est accompagnée d’une pression constante sur les journalistes, les lanceurs d’alerte et même certains chercheurs, faites de procès en diffamation et parfois de menaces. En Bretagne, le poids économique et politique de l’agro-industrie crée un climat où enquêter sur les algues vertes revient souvent à s’attaquer à un système de pouvoir local solidement installé.

Morgan Large a également insisté sur le rôle central du récit médiatique. Pendant des années, les algues vertes ont été présentées comme une fatalité naturelle ou un simple problème paysager, alors que les travaux scientifiques établissaient déjà les responsabilités. Ce décalage entre l’état des connaissances et leur diffusion dans l’espace public aurait contribué à retarder les décisions politiques.

Son intervention a résonné avec le thème général de cette édition de « Sciences et médias », consacrée aux rapports entre information scientifique, démocratie et intérêts privés. L’Association des journalistes scientifiques de la presse d’information (AJSPI) et plusieurs sociétés savantes ont interrogé les mécanismes permettant de préserver l’indépendance des journalistes comme des chercheurs face aux pressions économiques et idéologiques.

En filigrane, Morgan Large a défendu une conception exigeante du journalisme. Un travail de contre-pouvoir capable de rendre visibles les conflits d’intérêts et de rappeler que la production des savoirs n’est jamais totalement séparée des rapports de force politiques et économiques.