Arkéa Park : « Le montage financier est délirant » selon Thierry Fayret, ancien bras droit du maire de Brest
Kristen Falc'hon et Faustine Honoré - 29 novembre 2025
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Un regard critique et détaillé sur les aspects financiers de ce dossier aux multiples facettes. Car si le tribunal administratif vient de retoquer l’aspect écologique du projet, l’aspect économique ne semble pas en reste.
Thierry Fayret, vous étiez encore adjoint aux finances de François Cuillandre lorsque ce projet est né, pouvez-vous revenir sur la genèse de cette infrastructure ?
Pour comprendre la situation, il faut revenir dans les années 2000. La ville de Brest est encore marquée par la faillite du Brest Armorique (une liquidation judiciaire du club de football, en 1991 NDLR) et c’est assez tabou de parler de nouveau stade. Puis, à partir de 2008, il y a des baisses des dotations de l’État. Des collectivités, comme Brest, décident de réduire leurs investissements. Dans le même temps, on décide d’attribuer la parcelle du Froutven, où est aujourd’hui prévue la construction du futur stade, à un « équipement métropolitain ».
On ne parle officiellement d’un nouveau stade qu’à partir de 2018, mais le sous-investissement de l’actuel stade Francis-Le Blé avait débuté depuis quelques années, avec l’idée qu’un jour il y aurait un nouveau stade.
Ce sous-investissement, c’est une faute de la collectivité. En 2020, lors de la précédente campagne des municipales, le dossier n’a pas du tout fait partie des débats, et pour cause : c’était un projet 100 % privé.
C’est seulement à partir du moment où le projet devient public/privé que je me dis : « Il y a quelques chose de pas normal. » J’ai commencé à creuser et j’ai trouvé ça complètement délirant.
Quel regard portez-vous sur le financement et la gouvernance de ce projet ?
Le financement est très majoritairement public, au contraire de ce que pose le privé. Le porteur du projet (les frères Le Saint, NDLR), via la holding Holdisport, va mettre 15 millions d’euros sur la table quand les collectivités territoriales en mettront 50 millions. Le reste, c’est de l’emprunt ou des avances sur recettes.*
Les aménagements extérieurs, estimés à 15 ou 20 millions d’euros, n’apparaissent pas dans l’actuel budget, mais seront pris en charge par la ville. Tout comme le terrain, d’une valeur estimée à 5 millions d’euros, qui ne sera pas vendu par la métropole, comme initialement imaginé, mais mis à disposition via un loyer de 90.000 euros par an.
La construction de ce stade est faite pour rapporter de l’argent à une société anonyme qui est là pour faire des bénéfices. Tout ça est mis de côté, derrière la passion du sport, mais les enjeux sont clairement économiques. La gouvernance, quant à elle, sera majoritairement privée.
Dans un fonctionnement logique, c’est celui qui met l’argent qui dirige. Là, ce n’est pas le cas, ce n’est pas normal. Est-ce que l’on peut changer la donne aujourd’hui ? Vu le travail déjà fourni par chacune des parties, ça semble compliqué, mais au regard de la situation des finances publiques, ça semble pourtant la meilleure option…

Vous appelez aussi à étudier ce genre de projet sur le long terme ?
Il y a d’autres modèles de gouvernance qui existent et sont très connus sur la métropole. Il y a de grosses sociétés d’économie mixte sur des équipements lourds comme l’Aréna ou les Capucins. C’est la collectivité, le public, qui amène le plus de capitaux et qui a donc le plus de pouvoir de gouvernance. Il y a donc une maîtrise au présent mais aussi sur l’avenir de l’équipement.
Car, c’est aussi un des questionnements de ce stade. On donne carte blanche sur les premières années et donc les meilleures années de l’équipement. Quid de la suite ? On voit bien la difficulté avec Francs-le-Blé, quand on doit commencer les travaux de remises aux normes.
Dans vingt ans, quand arriveront les très grosses réparations et rénovations à l’Arkéa Park, qui va payer ? De plus, la collectivité s’est portée garante sur l’un des deux prêts. Si la société qui porte le prêt fait faillite c’est la métropole qui devra payer le reste.
Sur ce projet, c’est le public qui prend les plus gros risques et c’est le privé qui emportera les bénéfices, ce n’est pas normal. Il faut rappeler que l’étude sur la rénovation possible de Le Blé a été cachée sous le tapis, alors que les collectivités vont mettre autant d’argent dans le nouveau stade qu’ils n’en auraient mis dans la rénovation du stade actuel. À la différence que le futur stade ne sera plus un stade public.
Comment avez-vous accueilli la décision du tribunal administratif de suspendre les travaux, notamment sur cette notion d’intérêt général remise en cause par les juges ?
L’intérêt général, c’est une sorte de label qui permet ensuite aux collectivités d’avoir juridiquement des moyens supérieurs à un projet normal. Mais dans le cadre du stade, je considère que c’est très discutable. Un tramway, ça ne fait pas débat, mais une zone commerciale ou un stade privé qui vient empêcher la rénovation d’un stade existant, ça se discute. C’est d’ailleurs ce qu’ont fait les juges en suspendant les travaux. L’intérêt général se situe peut-être plus du côté de la biodiversité que d’un stade de football.
Je pense donc qu’il faut arrêter ce projet de stade mais une zone si proche du tramway et de la métropole n’a, malgré tout, pas vocation à rester des champs.
D’autres éléments vous interpellent ?
J’ai beaucoup appris en lisant le rapport de la chambre régionale des comptes sur le Stade Brestois. Lorsque l’on décortique les montants, on voit à quel point les partenariats VIP sont importants. Ils sont d’ailleurs multipliés par trois dans le futur projet, au détriment du public.
Une des conclusions de ce rapport est de mettre en doute la capacité d’un club, comme le Stade Brestois, à réussir à financer un grand stade. Il y a aussi la question des espaces commerciaux présents au sein de cette infrastructure. De l’autre côté de la rue, il y a une zone commerciale dans laquelle nous avions interdit les petits commerces, pour garder un cente-ville dynamique. Pourquoi les autoriser en face ? Ces déséquilibres commerciaux et ce cadeau fait au porteur de projet interrogent.
* Selon les données transmises lors de l’enquête publique les financements publics se répartissent ainsi : Brest Métropole 10 millions d’euros, Région Bretagne 8 millions d’euros, Département du Finistère 6 millions d’euros, Ville de Guipavas 500.000 d’euros.
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