Les enseignements des municipales en Bretagne sous la loupe de « Splann ! »
Sylvain Ernault - 30 mars 2026
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Les « Verts » peuvent faire grise mine. À l’instar de ses résultats nationaux, le parti de Marine Tondelier recule en Bretagne. Six ans après avoir conquis Auray (56), à la tête d’une liste d’union de la gauche, Claire Masson doit céder la place à la divers centre Françoise Naël. À Lorient (56), le député Damien Girard s’incline de 600 voix face au maire sortant (divers centre) et furtif ministre de la mer, Fabrice Loher. Ce dernier a reçu le soutien de Jean-Yves Le Drian, l’éternel adversaire des écologistes.
À Brest, la fin de règne crépusculaire de François Cuillandre entraîne au fond de la rade ses nouveaux alliés. C’est toutefois grâce à leur union derrière le PS – à Nantes, Rennes, Lannion ou Quimper – que des élus écologistes sauvent des postes d’adjoints. En se penchant de près sur la carte électorale, on trouvera bien quelques victoires teintées de vert, comme à Pordic (22), où une liste mettant en avant ses convictions écologistes a fait basculer la mairie lors d’une triangulaire.
Où sont les macronistes ? Si des villes comme Lorient, Fougères, Vitré, Ploemeur, Loudéac ou Crozon, ainsi qu’un chapelet de communes plus petites – surtout situées en Ille-et-Vilaine, dans le Morbihan et en Loire-Atlantique –, seront dirigées par des maires classés « divers centre », le parti présidentiel n’en a remporté aucune. Horizons, le parti d’Édouard Philippe, s’en sort mieux, en gardant Vannes et en conquérant Saint-Brieuc.
Les principales écuries présidentielles signent d’ailleurs un zéro pointé dans notre région.
Si LFI était parvenue, en 2024, à faire élire sept députés en Bretagne – Loire-Atlantique comprise – dans le cadre du Nouveau Front populaire, le mouvement mélenchoniste devra, pour ces municipales, se contenter de siéger dans la minorité, à Rennes, Brest, Saint-Brieuc… ainsi qu’à Nantes. Bien qu’élus sur la liste de Johanna Rolland, dans le cadre d’une fusion technique d’entre-deux tours, les neuf conseillers municipaux de la Cité des Ducs siégeront selon leur choix dans l’opposition.
Qualifié au second tour dans 26 des 27 circonscriptions de Bretagne administrative, lors des dernières législatives, le RN n’a réussi à boucler que 18 listes. L’extrême droite n’en confirme pas moins sa dynamique, en faisant élire des conseillers dans huit des dix plus grandes villes de Bretagne.
L’« union des droites », souhaitée par Vincent Bolloré et Pierre-Édouard Stérin, se cristallise par la base. Exemple à Lannion, où, en l’absence d’une liste de droite modérée, une étudiante de 19 ans portant les couleurs bleu marine réunit 1.606 voix (19,7 %), soit 300 bulletins de plus que le candidat La République en marche soutenu par Les Républicains qui s’était présenté en 2020.
Quant au lobby porcin, il pourra compter sur un nouveau relais de poids. Stéphane de Sallier-Dupin, l’ancien attaché parlementaire de Marc Le Fur, a fait basculer la mairie de Lamballe (22). Il y était opposé au premier secrétaire départemental du PS, Antoine Ravard. Lors d’un débat sur le subventionnement du film Les Algues vertes, celui qui est aussi conseiller régional LR avait parlé d’un « jeu de massacre » et d’une « balle tirée dans le pied ».
Dans le Léon, l’ancien cadre d’Evel’Up, Gilles Mounier, a été reconduit à la mairie de Saint-Renan. Idem pour Gilbert Miossec à Plouvorn. L’ancien technicien chez Prestor (devenu Evel’up) reste premier magistrat de la commune aux 80.000 cochons pour 3.000 habitants. De son côté, Christophe Colin continuera de jongler entre son emploi de technico-commercial chez Tromelin Nutrition et son mandat de maire à Landunvez, siège de la porcherie Avel Vor. La bascule à gauche de Landivisiau, aidée par une quadrangulaire, s’inscrit à rebours de la tendance générale.
La Loire-Atlantique offre quelques bouffées d’oxygène. À Donges, la liste d’Olivier Lefeuvre, qui a mis au centre de son projet la participation citoyenne et la santé environnementale, l’emporte avec 43,8 % des voix. Dans cette commune où trône la raffinerie TotalEnergies, le candidat du RN subit une cuisante défaite (15,6 %). Dans le pays de Retz, deux personnalités qui ont mené un combat pour la transparence et la préservation de l’environnement au sein du collectif Stop aux Cancers de nos Enfants sont élues maires : Bruno Clavier à Sainte-Pazanne et Mickael Derangeon à Saint-Mars-de-Coutais.
• L’activisme numérique ne garantit pas un succès. À Brest, Nazim Yenier, « le candidat préféré de la fachosphère », n’a obtenu que 3,1 % des voix. Il entend « prendre un peu de recul ».
• À Saint-Brieuc, Hervé Guihard refile la patate chaude de la vidéosurveillance algorithmique au nouveau leader local de la droite, Victor Bonnot. Fidèle à la ligne de Raphaël Glucksmann, le maire Place publique de la Cité du Griffon avait refusé de faire alliance avec LFI.
• François Cuillandre n’aura pas à assumer l’installation d’une police municipale à Brest. Son successeur, Stéphane Roudaut, s’est rendu dès mardi au commissariat central en compagnie du préfet Setbon, annonçant dans la foulée un rendez-vous avec le ministre de l’Intérieur et son intention de truffer la ville de 300 caméras.
• Les jeunes loups du RN vont pouvoir se faire les dents. Valentin Legros (7,30 % à Vannes), Théo Thomas (12,1 % à Lorient), Bastien Maldiney (10,3 % à Pornic), Dylan Lemoine (18,3 % à Pleurtuit), Elouan Racineux (15,8 % à Guichen) et Blanche Le Goffic (19,7 % à Lannion), têtes de liste âgées de moins de 30 ans, obtiennent tous le droit de participer aux débats d’orientation budgétaires et autres votes sur les affaires de la cité.
• Quatrièmes avec 21,2 % au premier tour, Virginie d’Orsanne et ses colistiers sous noms d’emprunt n’obtiennent finalement que 15,6 % et deux sièges à Fougères (35). C’est donc pour la troisième fois, dans l’opposition, que la conseillère régionale, héritière revendiquée de Jean-Marie Le Pen, continuera de pester contre les associations soutenant l’accueil des réfugiés.
• Enfin, Marcel Sérandour, le maire bâtisseur – ou bétonneur – (sans étiquette) de Tréveneuc (22), a été réélu par 55 % des voix. Contrairement au mandat précédent, il devra composer avec des élus minoritaires. Un débat sur l’artificialisation des terres ne sera pas superflu dans cette commune littorale qui s’est rendue vulnérable aux inondations.