En Bretagne aussi, la « génération Bardella » creuse son sillon
Manon Boquen - 19 février 2026
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Les cadres du parti l’avaient promis dans la presse : pour les élections municipales de mars 2026, le Rassemblement national (RN) ferait « des listes partout » en Bretagne. Avec moins de dix listes estampillées RN dans chaque département breton, dont une seule dans les Côtes-d’Armor, on est loin du compte.
À l’image de Blanche Le Goffic, à Lannion, d’autres visages poupins sont venus s’immiscer dans le paysage politique local. Valentin Legros (21 ans), à Vannes. Théo Thomas (28 ans), à Lorient. Bastian Maldiney (25 ans), à Pornic. Une nouvelle génération, largement inconnue des habitants de ces villes.
« Autant, on connaissait les vieux candidats RN, autant là, nous faisons face à plein de nouveaux noms qui sortent tous azimuts et n’étaient pas du tout dans nos radars », constate un militant antifa breton.
La plupart d’entre eux sont encore membres du Rassemblement national de la jeunesse (RNJ) et heureux de s’exposer en photo avec le président du parti, Jordan Bardella.
Pour une source proche du mouvement politique à la flamme, cette génération incarne ce « jeunisme » qui soufflerait dans ses rangs du RN. Ce que Guillaume Letourneur, docteur en sciences politiques à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne analyse ainsi : « On assiste à un schéma d’implantation qui vient d’en haut. […] À l’image de Jordan Bardella, cela produit des professionnels qui vivent de et pour la politique. »
« Place aux jeunes », estime d’ailleurs Gérard de Mellon, actuel conseiller municipal RN d’opposition à Dinan (Côtes-d’Armor). Lui ne se représente pas aux prochaines élections municipales, « en raison de [son] âge et de [son] état de santé. J’ai 79 ans, vous savez. »
Successeur naturel, Antoine Kieffer, 28 ans, aurait dû prendre sa relève. Il a depuis été déclaré inéligible un an par le Conseil constitutionnel, à la suite d’irrégularités dans ses comptes de campagne des élections législatives anticipées de juin 2024.

De haut de ses 18 ans, Blanche Le Goffic a annoncé sa candidature sur Lannion, dès octobre dernier. La seule tête de liste RN des Côtes-d’Armor a fait ses classes au lycée Bossuet avant de rejoindre, cette année, les bancs de l’université Paris Cité, en licence de droit.
C’est tout ce qui transpire de son CV. En réalité, peu connaissent celle qui est également responsable régionale du RNJ et qui dit militer depuis ses seize ans au sein du parti d’extrême droite. « Elle n’est pas et n’a pas été impliquée dans la vie associative et la vie locale », remarque Christophe Ganne, journaliste à l’hebdomadaire local Le Trégor, qui couvre sa campagne depuis les débuts.
C’est davantage auprès de l’Institut de formation politique (IFP) que Blanche Le Goffic a fait ses classes. Une école qui forme les cadres de droite et d’extrême droite où l’on retrouve des profils, proches de Marion Maréchal et d’Éric Zemmour.
« C’était une surprise, admet Michel Blin, membre du collectif des luttes du Trégor. À part ce que j’ai lu dans la presse, je n’ai jamais entendu parler d’elle. »
Celle qui parle pour Blanche Le Goffic s’appelle Blandine Le Naour. Sa chargée de communication qui apparaît à ses côtés, sur bon nombre de photos, et figure à la troisième place de sa liste.
Élue reine du festival des Hortensias en 2024, à Perros-Guirec, elle n’est autre que la fille du président de ce même festival, Loïc Le Naour, ainsi que d’Angélique Le Naour, 27e sur la liste RN de Lannion.
L’événement a connu des frasques depuis sa prise de poste. Il a en effet été annulé en 2018 après que des bénévoles de l’équipe avaient alerté sur l’implantation d’un groupe de militants d’extrême droite en son sein.
« Ils avaient noyauté l’association, je l’avais quittée à ce moment-là », indique Michel Le Gac, un des membres de l’époque. Le festival a repris en 2022, Loïc Le Naour toujours à sa tête, mais séparé du groupe mis en cause en 2018.
Michel Le Gac est ainsi de nouveau impliqué en tant que bénévole aux Hortensias. Il croise par ailleurs Blandine Le Naour tous les vendredis au Cercle celtique de Perros-Guirec, dont il fait partie. « Elle n’a jamais évoqué le Rassemblement national lors de nos cours, elle sait très bien que l’on n’en parle pas quand on danse », indique ce militant communiste pour qui « on ne mélange pas politique et culturel ».
Contactée, l’équipe de Blanche Le Goffic n’a pas répondu à nos sollicitations.
Lui est bien connu dans sa commune. À Pleurtuit, 7.064 habitants en 2022 selon l’Insee, Dylan Lemoine a annoncé sa candidature sous les couleurs du RN, en septembre dernier, après avoir essuyé une défaite aux élections législatives anticipées de 2024 dans le canton de Saint-Malo.
L’ex-gendarme de 27 ans est « tout sauf quelqu’un de sulfureux », commente un Pleurtuisien qui estime qu’il a été choisi « pour ne pas poser problème ».
« Mais est-ce que ça le rend moins dangereux ? », esquisse cette même source, peu rassurée à l’idée de voir le RN briguer la mairie d’une ville où le parti d’extrême droite a progressé lors des récentes échéances électorales.
Le parcours de Dylan Lemoine ne laisse transparaître aucun dérapage, si ce n’est cette fake news répandue sur le centre pour mineurs non accompagnés de Dol-de-Bretagne, pendant un débat télévisé en 2024, et qui aurait fait « augmenter l’insécurité » alors que l’établissement n’était pas encore ouvert.
Pour le reste, le jeune homme reste discret quand il ne tracte pas le dimanche matin à l’église après la messe, où il se rend.
Correspondant local d’Ouest-France, Jacques Pons le connaît bien, pour couvrir l’actualité de la commune depuis une quinzaine d’années. « Déjà à dix ou douze ans, on le voyait dans des animations publiques, à des commémorations, relate-t-il. J’ai aussi souvenir qu’il a été l’un des premiers enfants bénévoles à la médiathèque. »
Un garçon investi dans le milieu associatif de Pleurtuit, donc, et dont l’appartenance à l’extrême droite a pu étonner, comme cet ancien camarade de classe qui raconte avoir été « choqué » lorsqu’il a appris sa candidature sous les couleurs bleu marine.
Aujourd’hui, comme nombre de ses jeunes alter ego, Dylan Lemoine, qui n’a pas répondu à nos questions, calque le programme national du parti sur Pleurtuit. À commencer par s’inquiéter de la sécurité, fer de lance de sa campagne.

Elouan Racineux mise sur le même thème pour remporter la mairie de Guichen Pont-Réan (Ille-et-Vilaine). L’étudiant en master de droit à l’université de Rennes 1 de 26 ans, mais aussi assistant parlementaire du député européen Gilles Pennelle, a annoncé sa candidature sous les couleurs du RN, le 30 janvier.
« On l’a vu arriver il y a six ou huit mois, indique Matthieu Chanel (PS). Il a commencé à venir à des commémorations, mais on n’en avait jamais entendu parler », complète l’actuel adjoint à la culture à la municipalité et candidat aux élections municipales avec une liste transpartisane.
Depuis, le jeune homme, également actif au RNJ 35, tracte et colle des affiches du parti sur la commune, ainsi que sur celle de Bruz, lui valant quelques critiques sur son ancrage local.
« Je vous encourage, mais attention, le moulin est cote Bruz. Il ne faudrait pas que ça se retourne contre vous plus tard [sic] », commente un internaute sous sa vidéo de campagne. En plus du discours officiel du RN qu’il applique localement, il n’hésite pas à qualifier son autre adversaire et conseillère départementale d’Ille-et-Vilaine, Michèle Motel (DVG), d’une « majorité toujours plus prompte à financer SOS Méditerranée qu’investir dans notre territoire ».
Côté engagements, Elouan Racineux, qui n’a pas répondu à nos questions, a été membre de l’UNI, syndicat étudiant remarqué pour les actes racistes et les signes néonazis de certains de ses adhérents.
On l’a par ailleurs retrouvé en procès en 2025 contre des militants de l’Union Pirate et de Défense collective, qui l’avaient agressé en marge d’une manifestation devant la faculté. Des membres du groupuscule l’Oriflamme seraient venus le soutenir lors de l’audience d’après les observations de l’AG antifasciste de Rennes.
Le voilà désormais candidat à une trentaine de kilomètres de la faculté de droit où il étudie. Visiblement à la peine pour boucler sa liste. Longtemps annoncées pour mi-janvier puis début février, celles de Blanche Le Goffic et de Dylan Lemoine ont fini par être présentées, ce samedi 14 février.
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