C’est une péripétie qui figurera sans nul doute dans les carnets de reportage de Louis Borel et Léo Thomas. Après les États-Unis, la Russie et le Brésil, la revue Invendable portera sur la France. Pour conclure leur travail, les deux journalistes s’étaient mis en tête de se glisser dans les pas de Splann !. Le 1er août 2024, ils tentent de rencontrer les propriétaires de quelques-unes des plus grandes porcheries du Léon, dans le nord Finistère, afin de les interroger sur leur rapport aux médias.
« Nous sommes allés d’abord dans une porcherie de Plouvorn (29), raconte Louis Borel. Un salarié, qui a plaisir à parler, nous conduit jusqu’au bureau de sa patronne. Les échanges sont cordiaux, mais quand on s’apprête à regagner notre voiture, le boss débarque : « Vous n’avez pas le droit d’être ici, c’est une propriété privée. » »
L’échange tourne court et le duo repart. « Sauf qu’avant la sortie, on voit un quad en travers de la route, poursuit Louis. Quand on arrive à sa hauteur, le patron sort de nulle part. « Je vous ai vu prendre des photos avec mes caméras de surveillance. Vous effacez ça. » Pendant ce temps, je vois un salarié nous photographier. Léo donne son numéro et on finit par s’en aller. »
Les reporters se rendent ensuite à Landunvez, puis passent les portes d’Avel vor, à la recherche de Philippe Bizien, le président de l’interprofession nationale du porc. « Les salariés nous disent tout de suite avoir été prévenus qu’une voiture noire rodait. C’est bien nous. La situation est tendue. Au moment de s’en aller, je vois un gars qui écrit notre plaque d’immatriculation dans la poussière de son tracteur. »
Quand la gendarmerie s’en mêle
Fin de l’histoire ? Pas tout à fait. « À peine arrivés à Douarnenez, Léo reçoit un appel masqué. Puis un message : « C’est la gendarmerie, on m’a signalé que vous parcouriez les exploitations agricoles avec votre voiture. Vous êtes journalistes. Je vous rappelle, vous allez m’expliquer vos motivations. » » Suspicieux, les reporters se résolvent à décrocher. Mais l’interlocuteur refuse de décliner son numéro de matricule.
« Lors d’un troisième appel, l’homme énumère les élevages dans lesquels nous sommes allés et nous dit : « Comment je pourrais savoir ça sans tracker ? » Ça nous a vraiment atterrés. Au quatrième appel, on n’a pas répondu. On pense qu’un éleveur essaye de nous intimider. Puis un autre numéro appelle et en faisant des recherches sur Google, je m’aperçois qu’il appartient à la gendarmerie de Landivisiau. »
Le binôme ressent ces sommations comme une forme de pression. « J’avais dévoré la BD Algues vertes la veille et c’est venu confirmé ce que j’avais lu. Qu’un agriculteur nous menace, c’est une chose, mais si la gendarmerie s’implique c’est autre chose », conclut Louis.
Lire notre enquête « Les travers du porc »
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