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Lycées agricoles : la grande occultation, les coulisses de l’enquête

Lycées agricoles bretons : le privé creuse son sillon
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Faustine Sternberg et Chloé Richard ont enquêté pour « Splann ! » sur le fonctionnement des lycées agricoles bretons. Elles se sont heurtées au mutisme des établissements comme du ministère de l’Agriculture, y compris concernant des informations censées être publiques.

Les entraves à la liberté de la presse prennent des formes variées. Le non-respect du droit constitutionnel à pouvoir consulter des documents administratifs est particulièrement sournois. Tout sauf spectaculaire, puisqu’il se manifeste par l’absence de réponse aux journalistes, il n’en est pas moins grave pour le débat public.

Les enquêtrices de « Splann ! » ont demandé aux greffes des associations, aux préfectures de Bretagne et au ministère de l’Agriculture la composition des conseils d’administration des lycées bretons, les soldes des taxes d’apprentissage reçues ainsi que les bilans comptables de ces établissements et de leurs exploitations.

Malgré un avis favorable de la Commission d’accès aux documents administratifs (Cada), autorité administrative indépendante mais sans pouvoir de sanction, l’État n’a pas répondu.

Notre équipe a également demandé le plan d’action régional « Enseigner à produire autrement ». Initié sous la présidence Hollande, il vise notamment à rénover les pratiques pédagogiques pour permettre la transition agroécologique. Las, la Draaf Bretagne n’a pas respecté l’injonction faite par le ministère, en 2020, de lancer un nouveau plan. Celui-ci serait resté « à l’état de brouillon ».

Un brouillon que l’administration aurait dû nous fournir, conformément à l’avis rendu par la Cada. Et l’institution a décliné toutes nos demandes d’entretien.

« Cette opacité arrange les agro-industriels, analyse Faustine Sternberg. Parce qu’au fil du temps, leur présence dans les lycées agricoles n’est pas remise en question. »

Même sans ces documents, nous avons en effet établi que la plupart des présidents des conseils d’administration des lycées agricoles bretons sont soit membres de la FNSEA, soit liés à l’agro-industrie (banques, grandes coopératives…) par leur activité professionnelle. Ils peuvent donc y défendre une vision productiviste de l’agriculture au sein d’instances qui votent les orientations, les investissements des exploitations et nomment les chefs d’établissement.

« Splann ! » compte poursuivre son travail pour éclairer l’envers de la carte postale bretonne. Nous appelons donc les citoyennes et citoyens soucieux de l’intérêt général à nous soutenir, et celles et ceux qui auraient des informations à entrer en contact avec nous.