Porcherie Avel vor à Landunvez : l’ancien correspondant local du « Télégramme » témoigne contre des opposants à l’extension
Kristen Falc'hon - 20 décembre 2025
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Avel vor continue de faire parler de lui. Nous avions documenté la régularisation de son agrandissement par le préfet du Finistère, en juillet 2022. Cette autorisation fait passer l’élevage de 9.000 à 12.000 animaux. Elle est contestée par Eau et rivières de Bretagne (ERB), Avenir et environnement en Pays d’Iroise (AEPI), l’Association pour la protection de la côte des légendes (APPCL) et Greenpeace. Toutes réunies dans le collectif Stoppons l’extension d’Avel vor.
Une requête déposée par les associations a été examinée jeudi 11 décembre par le tribunal administratif de Rennes. Face à leur demande « d’annulation totale et définitive » de l’arrêté préfectoral, le rapporteur public a demandé « un sursis à statuer » afin d’accorder un délai « d’un an à la société Avel vor et au préfet pour compléter l’étude d’impact, refaire une enquête publique et réinstruire le dossier ». La décision des juges est attendue en début d’année.
Pour comprendre ce qui motive cette opposition, il faut regarder du côté de la plage de Penfoul, à Landunvez. Dans ce spot du Finistère Nord, les analyses récurrentes de l’association Beautifoul et les études publiées par Eau et rivières de Bretagne montrent une forte corrélation entre la pression des épandages et la baisse de la qualité de l’eau des plages.
Ces pollutions successives et annuelles risquent d’entraîner le déclassement, de « bon » à « insuffisant », de ce lieu prisé des baigneurs et des surfeurs. Cela, comme le rappelle Ouest-France, en raison de pollutions persistantes et « non identifiées ». Soit, dans les faits, « une interdiction de baignade permanente possible sur ce site », si aucune amélioration n’intervient dans les quatre ans.
C’est dans ce contexte de bataille judiciaire que le collectif Stoppons l’extension d’Avel vor a déposé une plainte contre X pour « mise en danger de la vie et de la santé d’autrui ». Une plainte toujours en cours d’instruction, depuis l’ouverture de l’enquête en janvier 2023.
Le volet judiciaire de ces affaires ne s’arrête pas là. Le propriétaire de la porcherie géante, Philippe Bizien, dont la plainte en diffamation contre Splann ! a été annulée, a aussi attaqué en justice cinq membres du collectif.
En cause, la distribution, à l’été 2023 sur le parking de la plage de Penfoul, d’un tract faisant le lien entre les pollutions bactériologiques et la production porcine. Son contenu est jugé diffamatoire par le plaignant.
« Sur le fond, nous sommes sereins, car, dans ce tract, nous ne faisons que reprendre des éléments du dossier déposé lors de l’enquête publique », fait savoir Laurent Le Berre, qui fait partie des militants mis en examen.
Le collectif dénonce la manière dont a été menée la procédure. « Pour de nombreuses raisons, cette plainte n’aurait jamais dû aboutir », expliquent les opposants qui critiquent une commission rogatoire « non respectée et contestable ».
La plainte en diffamation de Philippe Bizien a effectivement entraîné des interrogatoires dans des circonstances que les militants jugent « très limites ».
« Nous avons été individuellement appelés par la gendarmerie de Ploudalmezeau, sans nous expliquer le motif, témoignent les citoyens interrogés par Splann !. Nous pensions qu’il s’agissait de la suite logique de la plainte que nous avions déposée mais, arrivés à la gendarmerie, nous comprenons qu’il s’agit de tout autre chose. »
Pour identifier le ou les suspects de la diffamation, la gendarmerie cherche à savoir qui a distribué les tracts incriminés. Pourtant, « l’interrogatoire est bien plus large que cela et cette question ne nous est même pas posée », affirment-ils encore.
Les mis en cause jugent inhabituel le rôle joué, dans cette procédure, par l’ancien correspondant local de presse du Télégramme. Celui-ci a aussi été entendu par la gendarmerie.
Présent près de la plage de Penfoul le jour de la distribution, son article, sa photo et son témoignage se trouvent au cœur de la procédure.
« Nous découvrons l’histoire », s’étonne Anne Burel, adjointe à la rédaction en chef du Télégramme, qui dit à Splann ! prendre l’affaire très au sérieux. « Ce n’est pas normal que ce correspondant local ne nous ait pas prévenu mais ce n’est pas normal, non plus, que la gendarmerie ne l’ait pas fait. »
« Les raisons de sa convocation ne lui ont pas été expliquées, il n’a donc pas jugé bon de nous prévenir », explique la journaliste qui informe que cette affaire a donné lieu à une enquête interne.
« La photo est perçue comme une preuve de notre culpabilité », se défendent de leur côté les militants. « En ce qui me concerne, je suis simplement venu pour la photo et me retrouve mis en cause dans la distribution des flyers », fulmine Laurent Le Berre, dont l’alibi fait sourire : « J’étais en duplex avec CNews au moment de la distribution de tracts ! »
« Nous allons rappeler à nos correspondants l’importance de se référer à la rédaction, en cas de problème », promet Anne Burel. « On le fait déjà mais, là, c’est problématique. » Et la journaliste d’insister sur une attitude qui ne correspond « pas du tout à la politique du journal ».
Cette situation a créé « un climat de défiance avec le journal », remarquent les membres du collectif Stoppons l’extension qui s’étonnent que l’article et la photo de Ouest-France n’aient pas été exploités par la gendarmerie.
La différence de traitement s’explique-t-elle par le statut de journaliste de l’autrice de l’article du quotidien rennais ? Ou est-elle due à l’éloignement géographique de celle qui a depuis quitté le Finistère ?
À ces questions, Élodie Hertu répond que « cette histoire nous rappelle le statut bien trop précaire des correspondants locaux de presse ». « Ils n’ont pas les mêmes droits que les journalistes et ne sont pas protégés par le secret des sources », souligne la porte-parole du Collectif national des correspondants locaux de presse.
Les correspondants locaux « sont donc beaucoup plus vulnérables et enclins aux amitiés locales qui peuvent influer leur travail », conclut cette dernière. Au nombre de 450 au Télégramme et de 2.100 à Ouest-France, ce sont pourtant bien eux qui produisent la majorité des pages locales de la presse régionale.
Les membres du collectif Stoppons l’extension d’Avel vor sont défendus par Me Claire Simonin, qui a obtenu en juin l’annulation de la plainte en diffamation déposée par Philippe Bizien contre Splann !.
Crédit photo : Marie Sébire pour Greenpeace en juin 2023
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