Parcs éoliens de La Venta II y III, Oaxaca, Mexique

Des oiseaux morts par milliers

par | 29 03 2022

Les deux grands parcs éoliens terrestres d’Iberdrola qui encerclent la petite commune de La Venta, près de l’isthme de Tehuantepec sur la côte ouest du Mexique, suscitent de vives inquiétudes pour les oiseaux migrateurs et les chauve-souris. Ils génèrent aussi des tensions avec des paysans qui s’estiment lésés par la multinationale.

Deuxième volet d’une enquête réalisée sur la base de la documentation existante, d’entretiens réalisés par Splann ! et des travaux publiés par des journalistes locaux, à leurs risques et périls.

Description de l’infrastructure

Hécatombe d’oiseaux sur une route migratoire mondiale

« Neuf mille neuf cents oiseaux et chauves-souris seraient morts en une seule année à la Venta II, par collision avec les éoliennes », chiffre la Banque mondiale. « Le parc est bâti sur la route d’oiseaux migrateurs la plus fréquentée au monde (690.000 oiseaux en transit par jour dans l’isthme) », selon l’étude préalable au projet réalisée par la CFE et l’Institut de l’écologie. L’étude note, de plus, que la perte de végétation pourrait réduire l’habitat pour la faune sauvage.

« L’augmentation rapide prévue du développement de l’énergie éolienne pourrait entraîner un déclin significatif des populations de chauves-souris sur des zones plus étendues. »
Greening the wind (2011), rapport de la Banque mondiale

Pollution et champs asséchés

Hydrographie bouleversée

Dans son livre Istmeño, le vent de la révolte, d’Alèssi Dell’Umbria raconte que le niveau des fleuves a baissé, rendant impossible la pêche à ces endroits. Le réalisateur explique que cela a aussi déréglé les eaux souterraines. Certains champs de paysans se sont retrouvés asséchés, d’autres inondés, attirant les moustiques et augmentant le risque de dengue. « Ces bouleversements sont dus à l’implantation des parcs éoliens », affirme Dell’Umbria.

Fuites d’huile

Selon différents témoignages de paysans recueillis en 2012 par l’Observatoire des multinationales en Amérique Latine (OMAL), « les éoliennes perdent de l’huile qui tombe sur le sol. Avec la pluie, cette huile se répandrait sur les champs de récolte et dans les pâturages ».

« Les produits chimiques (huiles) libérés par les moteurs sont emportés par le vent et contaminent les puits, les lagunes et les mers. En outre, l’émission de lumière et le bruit générés par les éoliennes ont entraîné la mort d’une grande partie des poissons et leur éloignement des zones de pêche. »
Article écrit par Ricardo Ortiz, Somoselmedio, 2018

« Une violation claire de nos droits comme peuples dits originaires »

Le consentement libre, préalable et informé est un droit fondamental garanti par la Convention 169 de l’Organisation internationale du travail (OIT) et par la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. Selon les indigènes et les paysans cités par les journaux Proceso (2008) et SinEmbargo (2019), Iberdrola n’aurait pas respecté cette convention, notamment lors de l’implantation de son parc La Venta III, « sans consultation libre, préalable et informée ». De plus, l’Assemblée des peuples de l’isthme en défense de la terre et du territoire (APIIDTT) souligne que les contrats de location de terrains pour y implanter des éoliennes auraient été signés dans un contexte de marginalisation qui a contraint la population à accepter des conditions couvrant à peine ses besoins.

« Iberdrola Renovables, EDF, […] entre autres, se sont répartis notre territoire en lots et, moyennant des contrats déséquilibrés et illégaux, nous ont poussés, nous autres paysans qui appartenons à plusieurs peuples indigènes, à louer nos terres sur 60 ans. Plus de 60.000 hectares ont été loués, laissant nos peuples dans un profond abattement. »
Assemblée des peuples de l’isthme, citée par l’OMAL en 2011

Des paysans s’estiment sous-payés

Des paysans de La Venta ont déclaré à l’OMAL, en 2012, qu’Iberdrola serait une des entreprises qui paient le moins bien les paysans de la région pour leurs terres. Jusqu’à huit fois moins que les paysans américains et européens. Parallèlement, plusieurs cas de bétails morts ou tombés malades ont été documentés par un rapport de l’OMAL (2012) et rapportés par différentes organisations. Ils attribuent ces cas aux nuages de poussière soulevés par les camions et engins de chantier qui circulent sur les nouvelles routes autour des éoliennes. Tout cela a conduit de nombreux paysans à demander la nullité des contrats.

Contrôle territorial

Dans son livre Istmeño, le vent de la révolte d’Alèssi Dell’Umbria, publié en 2015, des habitants n’ont plus le droit ni de chasser ni de ramasser du bois dans les zones où les multinationales ont installé les parcs éoliens.

« Une fois que les paysans ont loué leurs terres, il n’y ont plus accès. Parfois, des gardes armés sont postés aux accès pour s’assurer que personne n’entre. »
Un membre du Centre des droits humains Tepeyac qui souhaite rester anonyme (février 2022)

Maux de têtes et troubles du sommeil de riverains

Selon l’étude réalisée par l’Institut de l’écologie sur le parc de La Venta II et Dell’Umbria, le bruit généré en permanence par les mouvements de pales constitue une nuisance pour les riverains de La Ventosa et de La Venta – deux communes où des parcs éoliens d’Iberdrola ont été installés : des habitants se plaignent des vibrations et du bruit, provoquant « maux de têtes et troubles du sommeil ».

Fortes oppositions des peuples autochtones

De nombreuses manifestations ont eu lieu contre le projet éolien d’Iberdrola à Oaxaca, et pour exiger des revenus plus justes. En 2011, des paysans de Santo Domingo Ingenio, où se trouve la ferme La Venta III d’Iberdrola, ont exigé un paiement équitable pour les dommages permanents causés à leurs terres qu’ils attribuent à l’activité des éoliennes. Bien qu’on leur ait dit qu’ils pouvaient continuer à les utiliser pour des activités agricoles et d’élevage, l’Assemblée des peuples indigènes de l’isthme de Tehuantepec (APIIDTT) affirme que la construction de nouvelles routes, de pipelines ou encore des opérations de drainage auraient empêché l’utilisation de ces terres.

Itzel Marie Diaz, avec le comité éditorial de Splann !

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Sollicités à de nombreuses reprises par Splann !, ni la maison mère ni Iberdrola México n’ont donné suite à nos questions.

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